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Lire pour réussir : pourquoi la motivation et l’entourage font la différence

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La réussite en lecture est une préoccupation majeure, en raison de son rôle central dans les autres disciplines scolaires. Or, face au manque de ressources et à la diversité des besoins, comment mieux soutenir les élèves ?

À l’école, les classes sont souvent composées d’élèves aux besoins variés et les ressources ne sont pas toujours suffisantes. Le personnel de l’éducation souligne notamment des effectifs trop élevés, des élèves en grande difficulté sans soutien adapté, un manque de personnel de soutien et un temps de préparation insuffisant, ce qui rend l’accompagnement individualisé difficile. À l’extérieur de l’école, la lecture est en compétition avec de nombreuses autres activités et les élèves ne disposent pas tous des mêmes occasions de s’y engager, ce qui accentue les inégalités.

Dans une récente étude canadienne menée auprès de 1533 élèves du primaire (4e et 6e année) et du secondaire (2e et 4e secondaire), nous nous sommes intéressés aux mécanismes pouvant expliquer leur réussite en lecture. Au début de l’année scolaire 2019-2020, ces élèves ont rempli un questionnaire portant sur le temps consacré à la lecture récréative, les raisons de lire et le soutien reçu en lecture de leur enseignant de français, de leurs parents et de leurs amis.

Quelques mois plus tard, ces variables ont été utilisées pour prédire la note en lecture au deuxième bulletin, en tenant compte du niveau initial des élèves au premier bulletin.

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La motivation, moteur de l’engagement en lecture

L’analyse des réponses obtenues montre que les élèves qui pratiquent la lecture dans leurs temps libres obtiennent de meilleures notes en lecture que leurs camarades de classe qui ne lisent pas. Ce lien soulève une question centrale : qu’est-ce qui amène certains élèves à lire plus souvent que d’autres dans leurs temps libres ?

Pour s’engager dans la lecture, les élèves ont besoin de motivations, qui correspondent à des raisons de lire. Toutefois, les motivations ne garantissent pas toutes un engagement de qualité. Dans la recherche que nous avons menée, les raisons de lire relevant d’un choix de l’élève (par exemple, lire par plaisir) étaient liées à une pratique plus fréquente de la lecture que celles relevant d’une pression externe (lire pour éviter une conséquence) ou interne (lire pour ne pas se sentir coupable de ne pas le faire).

Plus encore, la motivation à lire en contexte récréatif était plus fortement associée à la pratique de la lecture que la motivation à lire en contexte scolaire. Ce résultat peut s’expliquer par la nature même de la lecture récréative, qui repose généralement sur un choix. Lorsqu’un élève lit dans ses temps libres, il le fait pour des raisons personnelles comme le plaisir, l’intérêt ou la curiosité, notamment parce qu’il dispose d’une grande liberté pour choisir ses lectures.

À l’inverse, la lecture scolaire ne relève pas toujours du choix : un élève qui lit pour l’école peut le faire par plaisir ou par intérêt, mais aussi pour des raisons externes comme obtenir de bonnes notes ou éviter d’être pénalisé à une évaluation. Cela invite à porter attention aux pratiques qui nourrissent des raisons de lire fondées sur le plaisir, l’intérêt et le sens que les élèves accordent à leur lecture, autant à l’école qu’à l’extérieur de celle-ci.

Les parents et les amis : des alliés à mobiliser

Comme plusieurs caractéristiques physiques ou psychologiques, la motivation scolaire s’explique en partie par des facteurs génétiques. En lecture spécifiquement, jusqu’à 50 % de la motivation est attribuable à l’hérédité. Est-ce à dire qu’on ne peut rien y faire ? Absolument pas. Certains facteurs environnementaux jouent également un rôle important pour expliquer la motivation en lecture.

Contrairement à une idée reçue selon laquelle la réussite en lecture relève d’abord et avant tout de l’école, les résultats de notre étude révèlent que la contribution des enseignants ne parvient pas à rivaliser avec celle des parents et des amis pour soutenir la motivation et la pratique de la lecture des élèves.

Plus précisément, les comportements des parents et des amis qui soutiennent le besoin d’appartenance sociale (par exemple, être un modèle de lecteur, s’intéresser aux goûts de son enfant/d’un ami en lecture) s’avèrent particulièrement importants pour favoriser une motivation ne relevant d’aucune pression, tant en contexte récréatif que scolaire.

Cela ne signifie pas que les enseignants ne jouent aucun rôle, mais que leur contribution ne ressort pas comme distincte lorsque l’on considère les autres sources de soutien. L’école demeure néanmoins un milieu universel pouvant offrir à tous les élèves des occasions de lire, indépendamment des ressources dont ils disposent à la maison.

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Un rôle qui transcende la période de l’enfance

L’importance du soutien des parents et des amis s’observe autant chez les élèves du primaire (4e et 6e année) que chez ceux du secondaire (2e et 4e secondaire). Autrement dit, leur rôle n’est pas moins important au secondaire. Toutefois, les interventions à privilégier doivent être cohérentes avec les besoins des élèves, qui peuvent se manifester différemment selon leur âge.

La réussite en lecture repose ainsi sur une responsabilité partagée entre l’école et la famille. Miser sur la lecture ne relève pas seulement des programmes scolaires ou des approches pédagogiques, mais d’un engagement collectif visant à créer des environnements où les élèves cultivent leur intérêt pour la lecture.

Pour les enseignants, il peut s’agir d’offrir aux élèves des occasions de choisir leurs lectures, de préserver des moments où ils sont invités à lire librement et de favoriser les échanges entre pairs autour de la lecture. Pour les parents, il peut s’agir de s’intéresser aux goûts de leurs enfants, de discuter de leurs lectures ou d’incarner eux-mêmes le plaisir de lire.

Car avant de réussir en lecture, encore faut-il développer le goût de lire.


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