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«Ce n'est pas normal d'y travailler quand on est un enfant»: le triste piège des mines de Potosí, en Bolivie

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09.07.2026

«Ce n'est pas normal d'y travailler quand on est un enfant»: le triste piège des mines de Potosí, en Bolivie

Malgré l'interdiction du travail minier pour les moins de 18 ans, des milliers d'enfants boliviens continuent de descendre dans les galeries du Cerro Rico pour soutenir leur famille. Entre pauvreté, accidents mortels et manque de perspectives, certains jeunes se retrouvent vite pris au piège de la «montagne riche» andine.

9 juillet 2026 à 6h55

Yohan Châble, Izia Rouviller

À Potosí (sud-ouest de la Bolivie).Un grondement emplit l'étroite galerie minière. Un wagon vide cabossé par les années émerge de la pénombre. Le dos courbé, Christian pousse vaillamment sa charge de 200 kilos, musique sur haut-parleur. Sous la lumière froide de sa lampe frontale, son visage s'illumine lorsqu'on lui tend un sachet de feuilles de coca, qu'il s'empresse de mâcher pour libérer ses vertus stimulantes. Puis il reprend sa route. «Il a seulement 15 ans», commente Ariel, un ancien mineur reconverti en guide touristique.

À Potosí, ancienne ville coloniale de près de 200.000 habitants nichée à plus de 4.000 mètres d'altitude au cœur des Andes boliviennes, la montagne du Cerro Rico avale chaque jour des milliers de mineurs: environ 30.000 personnes selon la Comibol, l'entreprise minière d'État chargée du gisement. Surexploitée pour ses minerais depuis près de cinq siècles, principalement de l'argent, de l'étain, du zinc et du plomb, la «montagne riche» n'épargne pas les enfants.

«On estime qu'ils représentent environ 8% des mineurs, avance Ariel. En période de vacances scolaires, leur proportion peut doubler. Mais rien n'est sûr, ils sont dans l'illégalité, donc beaucoup mentent sur leur âge pour ne pas être inquiétés.» En 2018, la Bolivie a pourtant réaffirmé dans la loi du pays l'interdiction des travaux miniers pour les jeunes de moins de 18 ans.

Casque vissé sur la tête, uniforme antipoussière sur le dos, le Bolivien bientôt trentenaire avance avec aisance dans les entrailles labyrinthiques de la mine Candelaria. Pour y avoir trimé de ses 18 à 22 ans, Ariel connaît le Cerro Rico et ses dangers comme sa poche. «Il y a beaucoup d'accidents», dit-il d'un air grave à côté d'une effigie d'El Tío, maître des profondeurs selon les croyances minières locales. Au pied de la créature cornue s'amoncellent des bouteilles d'alcool, cigarettes et feuilles de coca, autant d'offrandes........

© Slate