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Rentrée littéraire 2026: 11 livres à ne pas rater (partie 2)

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02.09.2026

Rentrée littéraire 2026: 11 livres à ne pas rater (partie 2)

Attention, une sélection de romans peut en cacher une autre.

Temps de lecture: 14 minutes

2 septembre 2026 à 6h55 – Édité par Manon Michel

Parce que ne mettre en avant que 11 romans sur 461 aurait été bien trop frustrant, ce second article consacré aux parutions de la rentrée littéraire 2026 vient modestement compléter le tableau, avec toujours pour objectif de mettre en avant des auteurs et autrices ne faisant pas forcément partie des plus attendu·es –par exemple, personne n'a besoin de s'entendre dire qu'il faut lire Laura Kasischke pour lire Laura Kasischke, si?

À ce stade, une précision s'impose: les différents livres composant l'ensemble des deux articles sont présentés dans un ordre globalement aléatoire. En tout cas, ils ne sont pas disposés par ordre de préférence, ordre qu'il serait de toute façon bien compliqué, voire inhumain, d'établir. On peut donc piocher à sa guise dans ce double panorama, sans se poser trop de questions: les titres figurant dans cette partie 2 sont d'une qualité équivalente à ceux de la précédente.

«Les Porteuses d'eau», de Sasha Bonét

«Cet après-midi-là, il m'a coincée dans le couloir et m'a demandé mon numéro. C'était dix mois plus tôt, maintenant il était tout pour moi, et moi pour lui. Il me donnait de l'argent mais sans réclamer de foufoune, même si moi j'étais partante, et il aurait été en droit de le demander parce qu'il était qui il était. Sauf que j'étais pas une fausse vierge: j'étais une vierge à cent pour cent et ça lui semblait incroyable, à moi aussi d'ailleurs, qu'une fille comme moi soit arrivée jusqu'à ses dix-sept ans sans même s'être fait doigter –pas même par un ami de la famille ou un oncle célibataire. C'est pour ça qu'on a décidé tous les deux de se réserver l'un pour l'autre en attendant le bon moment.»

Mère célibataire, l'autrice et critique Sasha Bonét s'interroge sur ce qu'elle doit transmettre à sa fille et décide de chercher les réponses dans les histoires de ses ancêtres féminines. Consciente d'être la somme de leurs grandes décisions, de leurs conceptions contrariées de l'existence, de leurs combats aussi, elle s'interroge: comment tirer le meilleur de ce lourd héritage sans s'encombrer de ce qu'il vaudrait mieux laisser derrière elle? L'autrice new-yorkaise remonte alors son arbre généalogique, observant la façon dont celles qui l'ont précédée –à commencer par sa grand-mère Betty Jean, fille et petite-fille d'esclaves– ont ruisselé jusqu'à elles.

Par extension, Les Porteuses d'eau évoquera aussi celles que l'autrice décrit comme des affluents, femmes noires dont la résistance au racisme et au sexisme a également fait date –et a, par ricochets, influé sur son propre chemin. Si le livre de Sasha Bonét tire son épingle du jeu de façon aussi nette, c'est parce que chaque trajectoire qu'il évoque est traversée par une intention, loin d'un simple amas de souvenirs autocentrés; mais c'est aussi grâce à un style incarné, qui fait la part belle aux choses de l'esprit sans pour autant dédaigner celles du corps.

«Décolorer sa fille», de Lucie Bérard

«Chaque matin, la maison veut que je lui donne à manger, je dois passer le gant de toilette quand elle se tache, la maison n'a pas de bonne odeur naturelle, et ne me donne presque rien. Elle prend mon argent, aspire le savon et recrache de la graisse marron, et pourtant, pourtant, aujourd'hui je suis une femme adulte, je ne peux pas me plaindre, j'ai eu ce que je voulais et je fais ce que je peux pour que les gens voient bien que je m'en occupe bien, de ma maison.»

Trouver un appartement, l'investir, faire les courses, enchaîner les tâches ménagères. Esthéticienne, Paula s'installe en bord de mer avec Tom, l'homme avec qui elle fait couple. Si elle aspire sans doute à trouver là une forme de liberté, c'est pourtant à une forme d'enfermement que l'on assiste: obsédée par les choses de la vie domestique, l'héroïne de Décolorer sa fille semble évoluer en apnée, ne respirant que pour humer les produits d'entretien avant de replonger de plus belle dans la liste de corvées qui semble définir sa vie.

Rentrée littéraire 2026: 11 livres que vous ne lâcherez pas avant la fin (partie 1)

Cette apnée est communicative mais étrangement addictive: le premier roman de Lucie Bérard est de ceux que l'on a envie de lire d'une traite, pour mieux communier avec l'asphyxie inquiète et inquiétante de la narratrice. Vie conjugale, rapport au sexe, tentatives de sociabilisation: à travers les yeux de Paula, tout est clinique, malaisant, donnant envie de passer le quotidien au détergent. Privée d'intimité dès l'enfance et donnant l'impression de ne jamais avoir réinvesti son corps, la jeune femme nous désarçonne, faisant naître en nous le plus perturbant des sentiments d'impuissance.

«Toute une vie à chercher», de Kae Tempest

«Rothko se cherchait encore un nom. Iel avait l'impression que cette étape initiale déterminerait la suite. Ce nom, iel le sentait flotter au-dessus de sa tête. Iel n'avait pas choisi «Rothko». Il s'agissait d'un sobriquet qui lui était tombé dessus à l'âge de deux ans, à cause des fards qu'iel piquait en permanence. Et, tous les jours ou presque, sa mère se faisait un malin plaisir de comparer son visage rouge à un Rothko. Iel ne s'était jamais réellement penchée sur ce que cela impliquait de traverser l'existence affublée d'un nom qui rappelait à chaque........

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