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Les Écologistes français devraient-ils s'inspirer du Green Party britannique?

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24.02.2026

Les Écologistes français devraient-ils s'inspirer du Green Party britannique?

Sophie Boutière-Damahi – Édité par Émile Vaizand – 24 février 2026 à 7h00

Alors que la formation écologiste de Marine Tondelier se fracture en France à l'approche des municipales, le Parti vert de l'Angleterre et du Pays de Galles conquiert l'électorat de gauche et redéfinit les contours d'une écologie politique populaire.

Temps de lecture: 5 minutes

«Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons.» Tel était le message lancé par un ensemble de militant·es écologistes, dans une tribune publiée le 26 janvier sur Mediapart. Alors que les élections municipales approchent à grands pas en France, la crise interne que traverse le parti Les Écologistes a conduit à la suspension d'une trentaine de membres sur les 400 signataires de cette tribune critique contre la stratégie d'alliance des Verts avec le Parti socialiste.

Ce climat de tensions internes est d'autant plus frappant qu'ailleurs en Europe, certaines formations écologistes connaissent des dynamiques plus favorables. Au Royaume-Uni, le Green Party progresse en portant une écologie explicitement antiraciste et tournée vers les classes populaires. Fin 2025, sous la direction de Zack Polanski, surnommé le «Zohran Mamdani britannique» (en référence au nouveau maire de New York), le Parti vert de l'Angleterre et du Pays de Galles a connu la plus forte progression de ses adhésions depuis des années, consolidant ainsi ses rangs militants.

Outre-Manche, ce succès inédit reflète l'aspiration des électeurs à une écologie articulée autour de la justice sociale et de l'anti-impérialisme, alors que le Parti travailliste au pouvoir est accusé de trahir son électorat de gauche à force de compromis avec le centre droit. Et cela fait écho aux difficultés rencontrées par Les Écologistes en France, qui sont pris dans une «décennie marquée par une conflictualisation des combats écologistes et par une critique des modes d'action plus conformistes», fait remarquer le sociologue Jean-Baptiste Comby, auteur du livre Écolos, mais pas trop… – Les classes sociales face à l'enjeu environnemental, paru en avril 2024.

À la gauche du Labour, le Green Party monte en puissance

«C'est une élection partielle cruciale. Le choix est clair: les Verts contre Reform UK. L'espoir contre la haine. Seul le Green Party peut arrêter Reform UK lors de cette élection.» C'est avec ces mots qu'Hannah Spencer, plombière de profession et candidate du Green Party, résume les enjeux d'une élection législative partielle dans la circonscription de Gorton and Denton, située à Manchester et ses environs. Prévu le 26 février, ce scrutin local dans le nord-ouest de l'Angleterre revêt une portée nationale. Il offre au Green Party l'occasion de se positionner comme une alternative au Parti travailliste en crise et comme le nouveau rempart face à la progression de Reform UK, le parti populiste d'extrême droite de Nigel Farage.

Alors que le Labour connaît une nouvelle crise après les révélations de trahison par Peter Mandelson, ancien ministre, commissaire européen et ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, pris dans l'affaire Jeffrey Epstein, cette élection locale est suivie de près et est devenue un baromètre pour mesurer l'évolution du vote à gauche dans tout le pays.

«Au sein du mouvement écologiste, deux pôles apparaissent plus nettement, l'un réformateur qui peine à rompre avec l'ordre établi et l'autre qui se politise en prenant plus nettement ses distances avec le pouvoir économique et institutionnel.»

Aux commandes du Green Party depuis le 2 septembre 2025, Zack Polanski a été élu avec une majorité écrasante (plus de 80% des voix) en tant que nouveau leader du Parti vert de l'Angleterre et du Pays de Galles. Sous son leadership, le parti écologiste connaît une croissance spectaculaire de ses effectifs et passe d'environ 68.500 membres au moment de sa victoire à plus de 140.000 adhérents quelques semaines plus tard, à la fin du mois d'octobre. Désormais, plus de 190.000 personnes sont encartées au Green Party, d'après les dernières annonces chiffrées, le 26 janvier.

🚨 BREAKING 🚨📈 Since the election of our new leadership team, our membership has doubled, now sitting at more than 140,000.And this is just the beginning: https://t.co/N7IGRtbLK6 pic.twitter.com/fQdt8Lod8q— The Green Party (@TheGreenParty) October 22, 2025

🚨 BREAKING 🚨📈 Since the election of our new leadership team, our membership has doubled, now sitting at more than 140,000.And this is just the beginning: https://t.co/N7IGRtbLK6 pic.twitter.com/fQdt8Lod8q

De quoi, en un temps record, dépasser certains partis traditionnels comme les Tories (le Parti conservateur) en nombre d'adhérents et permettre au Green Party de se hisser parmi les formations importantes du paysage politique au Royaume-Uni. La formation écologiste britannique défend ouvertement une vision que sa direction qualifie sans ambages d'«écopopulisme», visant à lier les enjeux climatiques aux préoccupations quotidiennes des classes populaires, comme le logement abordable, le coût de la vie et la lutte contre les inégalités économiques.

À l'automne 2025, à l'occasion du vote du budget par le gouvernement travailliste, Zack Polanski interpelle ce dernier et affirme encore la proposition du Green Party de mettre en place un impôt sur la richesse. «C'est un choix politique de maintenir des enfants dans la pauvreté pendant que les milliardaires et multimillionnaires deviennent plus riches, c'est un fait, et tout politicien qui dit le contraire n'a pas l'intérêt du public à cœur, estime le président du parti. […] Les gens sont en colère et je les comprends. Nos communautés méritent tellement mieux. Mais au lieu de faire face à cette réalité de front, ce gouvernement travailliste, comme les conservateurs avant lui, est resté passif pendant que les 1% s'enrichissent toujours plus au détriment des citoyens ordinaires.»

Et ce discours convainc, encore renforcé par la position internationale anti-impérialiste du Green Party, qui s'est déjà distingué du Labour par ses positions fortes sur la question palestinienne et pour l'arrêt de ventes d'armes du Royaume-Uni à Israël.

Les Écologistes, un parti devenu traditionnel?

Cette évolution qui prend outre-Manche n'est pas sans rappeler les critiques des frondeurs écologistes en France. Elle ouvre le champ à une analyse plus fine de cette crise interne. Selon Jean-Baptiste Comby, celle-ci était en germe depuis longtemps. «Au sein du mouvement écologiste, deux pôles apparaissent plus nettement, décrit le sociologue. L'un réformateur, qui peine à rompre avec l'ordre établi et l'autre, qui se politise en prenant plus nettement ses distances avec le pouvoir économique et institutionnel. On peut formuler l'hypothèse que ces remous qui traversent Les Écologistes correspondent à une accentuation, au sein même de la galaxie écologiste, de la critique accrue de l'écologie dominante et réformatrice.»

«Si une dynamique aussi forte qu'en 2022 se crée autour de LFI en 2027, cette division des Écologistes pourrait renforcer un bloc populaire puissant et fédérant une gauche de rupture.»

Une critique accrue qui se double encore d'une volonté d'inclure davantage les classes populaires dans l'écologie politique. «J'ai toujours vu les membres de ce parti plus près des institutions, voire des entreprises créatives et innovantes, que des organisations syndicales ou des luttes d'habitants et d'habitantes des quartiers, avance Jean-Baptiste Comby. J'ai souvent tendance à penser qu'ils sont aux avant-postes de l'embourgeoisement des combats progressistes.»

Ce diagnostic est partagé par de plus en plus de cadres locaux. En témoignent les récentes défections comme à Marseille, où l'adjoint à la transition écologique Sébastien Barles a été suspendu du parti après avoir pris ses distances avec la stratégie majoritaire des Écologistes et lancé son collectif Vaï, avant de rallier la liste de La France insoumise (LFI) pour les élections municipales.

À Montpellier, Julia Mignacca, ancienne présidente du conseil fédéral des Écologistes, a quitté le parti avant de rejoindre la liste insoumise menée par Nathalie Oziol pour les municipales. À Paris, plusieurs cadres écologistes ont quant à eux rejoint la liste menée par l'Insoumise Sophia Chikirou. Deux figures de la majorité municipale sortante, les conseillers de Paris Jérôme Gleizes et Émile Meunier, ont ainsi officialisé leur ralliement à la fin du mois de janvier.

Si dans le même temps, la secrétaire nationale Marine Tondelier et le reste de la direction des Écologistes dénonçaient une «opération de déstabilisation» et de «débauchage» orchestrée par LFI, en reprochant également aux médias de transformer les défections locales en crise majeure interne du parti, ces mouvements interrogent quand même l'avenir de l'écologie politique en France. Jean-Baptiste Comby en tire une conclusion prospective en vue des prochaines élections et notamment la future présidentielle de 2027. «Si une dynamique aussi forte qu'en 2022 se crée autour de LFI en 2027, on peut penser que cette division des Écologistes pourrait renforcer un bloc populaire puissant et fédérant une gauche de rupture. Mais si cette dynamique achoppe, c'est sans doute un émiettement qui va se dessiner.»

Ailleurs en Europe, sur une dynamique comparable à celle du Green Party britannique, le Danemark illustre également le succès d'une écologie politique ancrée dans les classes populaires. En novembre 2025, le Parti populaire socialiste (Socialistisk Folkeparti) –qui est le plus grand parti écologiste du pays et fait partie du groupe des Verts/ALE au Parlement européen– a remporté la mairie de Copenhague, qui était jusqu'alors historiquement un bastion des sociaux‑démocrates danois.

Sophie Boutière-Damahi

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