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Arrêtez de lire les sondages, ils sont mauvais pour vous... et pour la démocratie

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26.10.2026

Arrêtez de lire les sondages, ils sont mauvais pour vous... et pour la démocratie

Alors que trente sondages préélectoraux ont déjà été publiés pour la prochaine présidentielle, la frénésie des instituts d'opinion repose sur une illusion scientifique. Entre vote utile provoqué et biais méthodologiques, ces outils éclairent-ils vraiment la démocratie ou finissent-ils par la déformer?

Temps de lecture: 6 minutes

26 octobre 2026 à 19h55

Trente sondages préélectoraux ont déjà été publiés concernant l'élection présidentielle d'avril-mai 2027 et leur rythme va évidemment s'accélérer dans les prochains mois.

Ce qui incite à ouvrir, à nouveau frais, une réflexion sur la validité de ces outils d'information et sur leur intérêt: sont-ils une chance ou un problème pour les démocraties? Permettent-ils un meilleur fonctionnement de celles-ci ou au contraire les abîment-ils?

La longue histoire des sondages d'opinion

Au début du XXe siècle, on découvre progressivement comment on peut connaître les caractéristiques d'une population en sélectionnant seulement un tout petit groupe parmi celle-ci: dans les années 1920, des études marketing sont réalisées aux États-Unis sur la consommation des ménages, le lectorat de la presse et de la radio. Ces nouveaux outils de connaissance sont ensuite appliqués au domaine politique.

Lors de l'élection présidentielle américaine de 1936, Archibald Crossley, George Gallup et Elmo Roper, hommes de médias et de marketing, utilisent tous trois ces nouvelles méthodes d'échantillon représentatif en interrogeant quelques milliers de personnes pour prévoir le résultat du vote: via ces tout premiers sondages d'opinion politique, ils pronostiquent une large réélection de Roosevelt.

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En parallèle, la revue Literary Digest mise sur le nombre: elle organise une vaste consultation auprès de ses lecteurs pour connaître leur intention de vote et reçoit plusieurs millions de réponses. Cet agglomérat très nombreux mais non représentatif du corps électoral pronostique, à tort, la défaite de Roosevelt qui gagne très largement la présidentielle. L'épisode légitime alors la nouvelle manière de mesurer l'opinion, le sondage, même si les marges d'erreur sont à l'époque assez importantes.

Cette méthodologie est introduite en France deux ans plus tard, en 1938, par le sociologue Jean Stoetzel qui fonde l'Institut français d'opinion publique (Ifop), le premier institut de sondage français. Mais les sondages restent peu nombreux en France jusqu'au début de la Ve République. C'est l'élection présidentielle de 1965 qui leur donne une sorte de légitimité, en prédisant avec justesse le ballotage du général de Gaulle au premier tour, alors que tout le monde........

© Slate