L'Union européenne drague l'Islande avec du poisson et on dirait que ça fonctionne
L'Union européenne drague l'Islande avec du poisson et on dirait que ça fonctionne
Lucas Déprez-Rose – 27 avril 2026 à 20h55
Bruxelles ouvre la voie à des exemptions inédites sur la pêche pour convaincre Reykjavik de rejoindre l'UE, dans un contexte de tensions croissantes en Arctique.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Financial Times
Le vent tourne au-dessus de l'Atlantique Nord. Alors que les relations entre l'Islande et l'Union européenne (UE) semblaient gelées depuis plus d'une décennie, ça bouge désormais un peu du côté de Bruxelles. Dans un monde de plus en plus instable, l'isolement islandais n'est peut-être plus une option aussi confortable, même pour une nation insulaire fière de son indépendance.
Longtemps, la question de la pêche a été le mur infranchissable empêchant un rapprochement entre l'Islande et l'UE. Pour Reykjavik, céder le contrôle de ses eaux territoriales revenait à abandonner son âme et son économie. Mais aujourd'hui, le discours change. Costas Kadis, commissaire européen à la Pêche, a jeté une bouteille à la mer en affirmant au Financial Times qu'il y avait «définitivement de la place pour la flexibilité» dans la révision des politiques de l'Union. Un oui franc à d'éventuelles exemptions qui auraient été impensables il y a encore quelques années.
Ce revirement n'est pas un cadeau désintéressé. L'UE a besoin de l'Islande pour sécuriser sa présence en Arctique, une zone de plus en plus stratégique. Entre l'invasion russe en Ukraine et les sorties imprévisibles de Donald Trump, le climat a changé. Les diplomates ne cachent plus que les déclarations de l'ancien président américain sur l'annexion du Groenland et ses confusions répétées entre les deux îles n'ont pas manqué de faire réagir à Reykjavik.
Une histoire de poisson
Le Financial Times souligne que les produits de la mer représentent près de 40% des exportations islandaises. Selon un représentant islandais, le calcul est simple: «Nous avons construit nos pêcheries comme une entreprise, alors que dans l'UE, elles sont encore traitées comme une politique régionale que l'on subventionne. Ça ne marcherait pas chez nous.» Pourtant, l'idée d'une dérogation sur mesure pourrait être déterminante lors du référendum prévu en août prochain et portant sur la reprise, ou non, des négociations avec l'UE.
L'enjeu dépasse largement le cadre des filets et des chalutiers. Sans armée permanente, l'Islande s'appuie sur un accord de défense avec les États-Unis datant de 1951. Mais la confiance envers Washington s'effrite. En se rapprochant de Bruxelles, l'Islande cherche un nouveau bouclier, une solidarité et une stabilité européenne qui semblent aujourd'hui plus prévisibles que les changements d'humeur du locataire de la Maison-Blanche.
Mais le chemin est encore long. Si Bruxelles ouvre la porte, l'opinion publique islandaise reste très partagée. Les derniers sondages montrent que 47% des citoyens sont toujours opposés à l'adhésion, contre 40% de partisans. Le traumatisme de la crise financière de 2008 et la peur de perdre la main sur les ressources naturelles de l'île restent des freins puissants que seule une proposition européenne en béton pourra lever.
Cette main tendue arrive à un moment où l'UE elle-même est en pleine introspection. Douze États membres, dont la France et l'Allemagne, font pression pour simplifier une politique de la pêche jugée trop bureaucratique et vieille école. En modernisant ses règles pour l'Islande, l'Europe pourrait bien s'aider elle-même à sortir d'un système que même les diplomates à Bruxelles avouent ne plus comprendre totalement.
Si l'Islande franchit le pas grâce à cette exception, cela pourrait créer un précédent pour d'autres pays comme la Norvège. L'Islande s'apprête à vivre l'un des débats les plus cruciaux de son histoire moderne qui pourrait se dénouer en août, dans les urnes.
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