Si seulement, après l'Iran, Donald Trump pouvait déclarer la guerre aux influenceurs!
Si seulement, après l'Iran, Donald Trump pouvait déclarer la guerre aux influenceurs!
Laurent Sagalovitsch – 27 mars 2026 à 19h55
[BLOG You Will Never Hate Alone] Dans sa volonté de régler tous les problèmes de la planète, le président états-unien serait bien inspiré de s'attaquer au plus grand mal de notre époque, les influenceurs et leurs admirateurs.
Temps de lecture: 3 minutes
Les influenceurs évoluent dans une sphère qui demeure, pour le commun des mortels, une énigme absolue. A-t-on déjà vu dans la longue histoire de l'humanité une corporation aussi peu utile à la marche du monde, si inculte que chacun de ses membres semble porter sur lui le poids d'une invincible bêtise? Il est à parier que non. L'influenceur résume à lui tout seul les pires maux de notre époque, cette vacuité mêlée de narcissisme qu'on expose au monde, comme s'il s'agissait d'une œuvre d'art à exhiber.
Le plus extraordinaire, mais aussi le plus désespérant, c'est de voir l'influenceur charrier derrière lui une cour composée de millions d'admirateurs. Par quel processus une personne douée de raison et d'un brin d'intelligence peut-elle éprouver de la considération envers un individu dont la seule occupation dans l'existence est de barboter dans une piscine, tout en vantant les qualités d'un appareil à fondue réversible? Voilà un mystère qui dépasse de loin celui entourant les origines de l'univers.
C'est par la bêtise que prospère l'influenceur, une bêtise ensoleillée, une bêtise magnifiée, une bêtise esthétisée. Ainsi, pris dans les rets d'une misère intellectuelle sans pareille, le follower cherche désespérément un moyen d'exister et d'exulter. L'influenceur est un nouveau Dieu qui possède pour adeptes une cohorte d'individus dont la quête métaphysique ressemble à un exercice de spiritualité où serait en jeu la question de savoir quel slip de bain acheter pour briller l'été prochain.
Soudain, on se mit à rêver que la guerre déclenchée contre l'Iran n'était pas destinée à combattre son régime détestable, mais les influenceurs eux-mêmes, au nom de la civilisation en danger.
Avouons-le, les voir appeler à l'aide au tout début du mois de mars, alors que le ciel de Dubaï était illuminé de missiles avait quelque chose d'immensément jouissif. Ils ressemblaient à une bande de canards qu'un cygne quelque peu irascible s'était mis en tête de pourchasser. Descendus de leur olympe, ils redevenaient ce qu'ils n'avaient au fond jamais cessé d'être, des individus très ordinaires pris au piège de leurs mirages. L'un cherchait désespérément son passeport, l'autre ses bijoux, un troisième le numéro de l'ambassade de France. Tous avaient cet air effaré des enfants quand ils découvrent que le Père Noël n'existe pas pour de vrai.
La réalité se rappelait à eux. Ils découvraient qu'au-delà de leurs lunettes de réalité augmentée et de leurs crèmes à épiler dernier cri, un monde plein d'angoisses et d'incertitudes existe. Les obus tombaient et, avec eux, ce royaume de l'illusion dont ils se pensaient les maîtres absolus. Ils se croyaient au paradis et voilà que ce dernier s'était paré des couleurs de l'enfer. Le plus cocasse étant qu'ils n'hésitaient pas à se montrer, à peine conscients de leur ridicule, mais encore plus conscients que leurs followers n'auraient pas admis de rester sans nouvelles d'eux, au moment précis où ils se retrouvaient au cœur de la bataille.
Soudain, on se mit à rêver que la guerre déclenchée par les armées américaine et israélienne n'était pas destinée à combattre l'Iran et son régime détestable, mais les influenceurs eux-mêmes, au nom de la civilisation en danger. Une sorte de guerre rédemptrice où, face au chaos engendré par ce magma de bêtise, le monde entier n'avait eu d'autre choix que de recourir à la force pour ramener les influenceurs à la raison.
Un combat contre les armes de bêtise massive. Si l'ONU se devait de choisir une cause, celle-ci devrait figurer en haut de sa liste. Nul doute que pour une fois, le Conseil de sécurité adopterait une résolution à l'unanimité. Une coalition de tous les pays se formerait. On décrèterait un embargo total sur le monde des influenceurs. Donald Trump nous pondrait un de ces messages dont il a le secret: «LES INFLUENCEURS SONT DES MÉCHANTES PERSONNES. COMPLÈTEMENT TARÉS. DES P… DE PARASITES. Je leur donne DEUX jours pour qu'ils arrêtent leurs activités. Après quoi, je leur promets de leur faire vivre un ENFER comme ils n'en ont pas idée. Tout le monde les hait.»
Un monde sans influenceurs serait à coup sûr un monde meilleur. Il suffit de lire comment certains ont abandonné leurs animaux domestiques en quittant Dubaï, pour réaliser leur degré de nocivité et de dangerosité. Qui peut être assez cruel pour laisser ainsi derrière soi chiens et chats, lesquels à d'autres occasions ont dû servir d'appâts pour mieux vendre des objets de marque aussi utiles à la marche du monde que des asticots pour régler le problème de la faim en Afrique?
Bref, si cette guerre au Moyen-Orient aura eu une seule vertu, à défaut de renverser le régime iranien, ce sera celle d'avoir mis à nu la supercherie représentée par les influenceurs, ces mollahs du vide.
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