À voir au cinéma: «Un jour avec mon père», «La Couleuvre noire», «Une jeunesse indienne»
À voir au cinéma: «Un jour avec mon père», «La Couleuvre noire», «Une jeunesse indienne»
Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 24 mars 2026 à 19h55
Du Nigeria avec Akinola Davies Jr., de Colombie avec Aurélien Vernhes-Lermusiaux ou d'Inde avec Neeraj Ghaywan, trois récits puissants ancrés dans les territoires et leur histoire.
Temps de lecture: 7 minutes
«Un jour avec mon père», d'Akinola Davies Jr.
Il y a cette grande maison isolée dans la jungle et ces deux garçons d'une dizaine d'années qui se chamaillent, des frères. Il y a ces gros plans qui donnent autant de présence à une fourmi, à une brindille, au souffle du vent qu'aux humains. Il y a ces mouvements de caméra filés, un peu flous, qui déstabilisent le regard. Il y a ce mélange, puissant comme un philtre, de présence matérielle et d'instabilité.
Folarin, le père des garçons, apparaît dans la maison. Il les emmène là où il travaille, loin, à Lagos. C'est la première fois pour eux. Ils sont comme submergés par l'immensité de la grande ville nigériane, les gens, les voitures et les motos en foule. Et les militaires.
Papa connaît du monde, on le salue d'un nom que ses fils Remi et Akin ne connaissaient pas. Est-il ce chef admiré, que des hommes surnomment «le lion»? Est-il un rebelle proscrit? Ou plutôt juste un modeste ouvrier que le patron ne paye pas? Et ces amis, sont-ils vraiment amicaux?
Il y a des titres effrayants sur les journaux et l'excitation de ce jour d'élection. L'histoire se passe au Nigeria, en 1993. Le parti d'opposition est certain d'emporter le scrutin national qui vient d'avoir lieu, les résultats sont attendus le jour même.
Aux côtés de ce père d'ordinaire absent, les deux garçons découvrent un kaléidoscope de relations, de bruits, de couleurs, de musiques, de comportements. Le film est avec eux dans ces sensations très concrètes, où circulent tendresse et violence, frayeur et excitation. Ils découvrent un monde instable et fragmenté. Aux côtés de l'homme et des deux garçons, parfois proche à les toucher, la mise en scène du cinéaste britannico-nigérian Akinola Davies Jr. partage tout un éventail d'émotions et de sensations.
À bord d'une moto-taxi, une traversée de Lagos comme dans un rêve… ou un cauchemar. | Capture d'écran MUBI via YouTube
Il est rarissime qu'un premier long-métrage soit capable de déployer une palette aussi riche et nuancée, sensorielle et saturée de tensions, de questions, de troubles. La tendresse, les dangers, l'onirisme se recomposent en permanence dans ce récit formidablement incarné.
De fête foraine en maquis où les adultes boivent et dansent, de plage comme dans un cauchemar en petits jeux affectueux, Folarin, Remi et Akin rencontrent des personnes et des situations inattendues, se disputent, se réconcilient. Et les militaires, le regard des soldats au coin des rues, le général à la télé.
Et partout, le........
