Municipales 2026: Nora Preziosi, l'ancienne coiffeuse qui rêve de conquérir Marseille
Municipales 2026: Nora Preziosi, l'ancienne coiffeuse qui rêve de conquérir Marseille
Guillaume Origoni – Édité par Émile Vaizand – 27 février 2026 à 6h55
À Marseille, loin des listes données favorites lors du prochain scrutin municipal, il en est une assez singulière, «Marseille pour tous». À sa tête, Erwan Davoux, un ancien haut fonctionnaire, et surtout Nora Preziosi, une figure de la droite locale qui compte bien «faire avancer les choses dans les quartiers». Portrait.
Temps de lecture: 8 minutes
Le local de campagne est plein. De part et d'autre, le long du mur, sont disposées des chaises. Assises, quelques femmes tchatchent de tout et de rien. L'ambiance est joyeuse. On attend l'arrivée de Nora Preziosi que tout le monde ici appelle «Nora». Dans cette rue passante du XIIIe arrondissement de Marseille, elle est connue et jouit d'une popularité non feinte. «Ici, on est chez nous», lance Zora, le verbe haut, le regard concentré et la fierté de faire partie d'une équipe soudée.
Toutes ces femmes et les quelques hommes présents soutiennent «Marseille pour tous», la liste que Nora Preziosi partage avec Erwan Davoux, en lice pour les élections municipales à Marseille, des 15 et 22 mars prochains. Beaucoup sont militants et candidats sur cette liste officiellement sans étiquette (mais classée comme divers droite). Ils insistent sur un point: sans la rencontre avec «Nora», jamais ils ne se seraient lancés dans le militantisme. «Avant que Nora m'encourage à prendre la parole, non seulement je pensais que la politique ne servait à rien mais, en plus, j'étais convaincue que ce n'était pas fait pour quelqu'un comme moi, une femme rebeu, issue des quartiers.»
Ce constat est, d'une certaine façon, celui que Nora Preziosi fait sur son propre parcours. Il y a quelques semaines, on pouvait la voir dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux (à retrouver ci-dessous), brosse et sèche-cheveux en main, au sein d'un salon de coiffure marseillais. Elle est à son aise dans cet environnement et proclame avec fierté: «Avant de faire de la politique, j'ai été coiffeuse. Et c'est un très beau métier! […] Je suis fière d'avoir été coiffeuse. Il ne faut pas avoir honte de son métier, il n'y a pas de sous-métier.»
@nora.preziosi En cette toute fin d'année, un petit clin d'œil à ceux qui considèrent qu'avoir été coiffeuse shampouineuse est une honte... Détrompez-vous, je suis fière d'avoir travaillé ! 😉 J'en profite pour saluer et remercier toutes les coiffeuses, esthéticiennes, prothésistes ongulaires... qui nous rendent belles au quotidien et qui connaissent le sens de l'effort ! 🙏🥰 #Travail #Coiffure #Esthetique #MaVie #PourToi 🙌 Merci à @SamBeauties Formatrice CPF🇫🇷 ♬ son original - Nora.Preziosi
«On nous demande en permanence de prouver que nous sommes bien français»
Aujourd'hui, Nora Preziosi est devenue une notable sans aucune difficulté financière. Routière au long cours de la politique locale, elle a été élue sur les listes de droite à de multiples reprises, notamment à l'époque de Jean-Claude Gaudin (maire UMP puis LR entre 1995 et 2020), avant de tomber en disgrâce. Mais «Nora» n'est pas du genre à abandonner la partie. À peine arrivée dans la permanence, elle demande qu'on aille lui chercher un expresso, en propose à tout le monde, puis tient à se définir elle-même: «Oui, dans mon cœur et dans mon âme, je suis toujours une coiffeuse. Les gens qui habitent les quartiers comprennent très bien ce que je veux dire. Coiffeuse, c'est un métier noble, qui assure le lien social.»
Nora Preziosi au cœur du quartier Saint-Just, dans le XIIIe arrondissement de Marseille, en février 2026. | Guillaume Origoni / Hans Lucas
Pour peu que l'on l'y invite, Nora Preziosi fustige, avec un ton calme mais déterminé, ces «messieurs et dames» bien né·es qui ne l'ont jamais considérée comme légitime. «À les entendre, poursuit-elle, une femme maghrébine qui vient des quartiers n'a rien à faire en politique.» À l'évocation de ces discriminations, l'assemblée s'invite spontanément à l'interview en cours et converge temporairement sur une seule thématique, celle de l'identité française. Ici, en plein cœur du quartier Saint-Just (XIIIe arrondissement de Marseille), nous sommes à deux pas de certaines cités bien connues de la rubrique police-justice des quotidiens locaux et nationaux. Des îlots de misère dans lesquels ces femmes et ces hommes travaillent inlassablement contre les représentations qui voudraient que la pauvreté soit une fatalité dont il est impossible de s'extraire.
Mais depuis quelques années, la population du quartier ressent une stigmatisation accrue dans une société française plus réceptive, selon ces personnes concernées, aux théories racistes. «Non mais vous vous rendez compte, même sur BFM, ils ont suggéré que la pénurie d'œufs, c'était à cause des musulmans», lance Madame Tir à la cantonade. «C'est grave tout de même», conclut-elle en riant, tant une telle assertion paraît farfelue. «Nora», qui laisse volontiers la parole circuler, demande un peu de discipline et reprend la main: «Ce qu'ils ne disent pas à BFM, c'est que c'est le prix de la viande qui fait monter la consommation des œufs. Des protéines à prix abordable, c'est de plus en plus rare.»
En se faisant porte-parole de l'assemblée et des «voix que l'on n'entend jamais», Nora Preziosi qualifie de grande injustice la demande implicite faite à toutes les communautés d'origine non européenne. «On nous demande en permanence de prouver que nous sommes bien français, que nous faisons partie de la République et de la nation, regrette-t-elle. Nous en sommes à la cinquième génération. Ça va s'arrêter quand? Ce sont nos grands-parents et nos parents qui ont bâti les routes et les bâtiments de France.»
Une épine dans le pied qu'elle réfute et assume
Mais le sujet qui agite l'ancienne conseillère municipale de droite, c'est la guerre qui l'oppose à la présidente bicéphale du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Martine Vassal (ex-LR, aujourd'hui divers droite). Pourtant, jusqu'en novembre 2025, «Nora» était elle-même vice-présidente du Département aux côtés de «Martine». À la suite de l'affaire du HLM que Nora Preziosi aurait attribué à sa mère dans le chic VIIe arrondissement de Marseille, Martine Vassal l'a écartée tant du conseil départemental que du bailleur social départemental 13 Habitat, qu'elle présidait et qui a pour fonction, entre autres, la gestion du parc des HLM des Bouches-du-Rhône.
Lorsque sont évoquées cette affaire et sa responsabilité, Nora Preziosi se défend, refuse d'admettre une erreur, voire une simple maladresse, et argumente en premier lieu que sa mère, très âgée, a droit comme n'importe qui d'autre à un logement social, qu'elle remplit toutes les conditions d'attribution et qu'elle refuse de vivre aux crochets de sa fille et de son beau-fils, pourtant fortunés.
«Je ne suis pas achetable, justement parce que je suis très à l'aise. J'ai déjà tout ce qu'une femme comme moi peut espérer.»
L'ancienne présidente de 13 Habitat s'emporte également contre nos confrères du média d'investigation local Marsactu: «Ils ont écrit des choses fausses et pas des moindres!» Selon la famille Preziosi, la surface du HLM est très largement surévaluée par Marsactu. De la même façon, toujours selon Nora Preziosi, l'attribution du logement a été faite régulièrement et n'était pas destinée uniquement à sa mère, mais aussi à sa sœur handicapée et à sa petite-fille étudiante.
Lorsqu'on lui reproche le montant élevé des travaux réalisés avant l'emménagement de sa mère et supporté par l'argent public, étonnamment, elle acquiesce. Nora Preziosi explique qu'un tel montant est le résultat d'une surfacturation de l'entreprise Qualirenov. Elle atteste ses propos par un certificat d'huissier qui évalue la hauteur de cette fraude à 19.000 euros.
Voyant dans la révélation de cette malversation la véritable cause de son éviction, elle tient à être bien comprise: «Cette société surfacture systématiquement les travaux réalisés dans le parc HLM. Vous savez pourquoi? Parce que tout le monde touche des pots-de-vin et plus on est haut dans la hiérarchie, plus les sommes sont importantes. Lorsque j'ai vu ça, j'ai voulu me débarrasser de certains. Or, on m'a mis des bâtons dans les roues.» Elle marque un temps d'arrêt, soupire, pose ses mains, jusque-là en mouvement perpétuel, sur la table et abat son brelan d'as: «Je ne suis pas achetable, justement parce que je suis très à l'aise. J'ai déjà tout ce qu'une femme comme moi peut espérer. Dix, vingt, trente ou cinquante mille euros ne changeront rien dans ma vie.»
À droite, une alliance surprenante face à Martine Vassal
Son animosité contre ce que Nora Preziosi définit comme «le système Vassal», auquel elle a tout de même appartenu pendant de nombreuses années, a catalysé son alliance avec Erwan Davoux. Cet ancien haut fonctionnaire, passé entre autres par l'Élysée et la DGSE, est un ancien cadre du Département des Bouches-du-Rhône, présidé par Martine Vassal. À l'origine d'un signalement effectué en 2025 contre cette dernière, pour des faits présumés de détournement de fonds publics, trafic d'influence et corruption passive, Erwan Davoux s'est lui-même défini comme un «lanceur d'alerte», après son éviction du poste de directeur des relations internationales et des affaires européennes du Département.
Cet étrange attelage mêle l'énergie de la street credibility à la technocratie la plus classique. La boxeuse et le joueur d'échecs: cela sonne comme une comédie française, mais pourtant la grand-mère aux origines chaouies et l'ancien officier de renseignement sont alliés dans le mouvement Marseille pour tous, qui se présente sans étiquette devant les électeurs marseillais et notamment en opposition à la liste de droite conduite par Martine Vassal, soutenue par Les Républicains, Renaissance ou Horizons.
Erwan Davoux, candidat à la mairie centrale de Marseille, et Nora Preziosi, candidate pour les XIIIe et XIVe arrondissements de Marseille, devant leur local de campagne situé rue Colbert à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 4 février 2026. | Julie Gazzoti / Hans Lucas / AFP
Néanmoins, le chemin de Nora Preziosi s'est toujours fait à droite, alors qu'Erwan Davoux est plus proche d'un positionnement gaulliste. Aujourd'hui, elle parle de cette époque pourtant pas si lointaine au passé: «Oui, j'étais de droite. Mais maintenant, je m'en fous. Tant que je peux faire avancer les choses dans les quartiers, je serai là et, quoi qu'en pense la gauche locale, j'ai déjà fait beaucoup tout en étant élue de droite.»
Dans le match municipal marseillais de 2026, la liste Davoux-Preziosi se positionne comme un «mouvement citoyen» de droite/centre droit. Sans surprise, elle est très critique sur la gouvernance actuelle de la Métropole et du Département. Centré sur la lutte contre le clientélisme, la corruption et le gaspillage d'argent public, le tandem propose également de renforcer le pouvoir du maire, sécurité en tête. Les mesures sociales sont ciblées sur la santé, les écoles, le handicap et les familles, combinées à une stratégie de développement économique et touristique.
«Marseille donnée au RN, c'est la honte»
Transfuge de classe, Nora Preziosi affirme «n'avoir peur de personne», car il lui a fallu de la force pour s'extraire du déterminisme qui, depuis son enfance, pesait sur elle au sein d'une fratrie de treize enfants. Elle veut aussi faire mordre la poussière «à tous ces racistes» qui déversent leur haine lorsque sont partagées, sur les réseaux sociaux, les vidéos d'un mariage où on la voit danser sur un air traditionnel algérien.
Dans son viseur, Franck Allisio, le candidat du Rassemblement national (RN), qui plaît à une bonne partie des Marseillais·es, à en croire les récents sondages, qui ne créditent le duo Davoux-Preziosi que de 2% des intentions de vote (sondage Opinionway pour CNews, Le JDD et Europe 1, publié le 24 février 2026). Annoncé en tête au premier tour, au coude-à-coude avec le maire sortant de gauche Benoît Payan (tous deux à 34%), Franck Allisio représente pour Nora Preziosi tout ce que Marseille n'est pas. «Ici, nous venons tous d'ailleurs, lance-t-elle. Une strate après l'autre, nous avons fait et continuons à faire cette ville. Marseille donnée au RN, c'est la honte et, en plus, c'est dangereux.»
Elle désigne d'un geste large l'assemblée et reprend la parole: «Vous les voyez toutes et tous ici. Ils bossent dans des associations depuis longtemps. C'est eux qui sont sur le terrain, qui le connaissent et qui l'améliorent. Ce sont des bons, pas des chasseurs de sièges. Et surtout, ils ont la confiance des gens.»
Est-ce que cette confiance fera bouclier aux affaires qui nuisent à la réputation de Nora Preziosi? Peut-être. Peut-être pas. Il semble cependant que cette confiance soit réelle. Lorsque, le 13 novembre 2025, Mehdi Kessaci est assassiné dans le IVe arrondissement de Marseille, près de l'hôtel du Département, son frère, le jeune militant antinarcotrafic marseillais Amine Kessaci, sous le choc, ne sait vers qui se tourner. La première personne qu'il appelle est alors «Nora», comme si elle seule pouvait comprendre son drame.
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