Pourquoi le blocage du détroit d'Ormuz est-il (aussi) un supplice pour des dizaines de milliers d'animaux?
Pourquoi le blocage du détroit d'Ormuz est-il (aussi) un supplice pour des dizaines de milliers d'animaux?
Ernest Ginot – Édité par Émile Vaizand – 16 mars 2026 à 6h55
[L'Explication #261] Entre 70.000 et 80.000 animaux d'élevage seraient en train de croupir sur plusieurs navires bétaillers, qui sont immobilisés à cause des menaces iraniennes dans le détroit stratégique du Moyen-Orient.
Temps de lecture: 3 minutes
Le détroit d'Ormuz. Depuis le début du mois de mars 2026, les yeux sont tournés vers cet étroit passage navigable, large de seulement quelques dizaines de kilomètres, qui relie le golfe Persique et la mer d'Oman. Et pour cause, en représailles aux attaques lancées par Israël et les États-Unis depuis le 28 février, l'Iran, dont les côtes bordent ce détroit, menace quiconque essaierait d'emprunter ce passage, pourtant hautement stratégique pour le commerce international.
Résultat, plus de 3.000 bateaux seraient actuellement bloqués autour de la zone. Plusieurs navires, qui ont tenté de braver les menaces en empruntant malgré tout le passage, ont été violemment attaqués par le régime iranien. De quoi dissuader tout le monde. L'heure est donc à l'attente pour les quelque 45.000 marins bloqués… mais aussi pour leur cargaison, qui est parfois bien vivante.
Vaches, chèvres, moutons…
Si le monde est suspendu à l'ouverture du détroit –qui permettrait notamment d'éviter une crise économique en rétablissant les livraisons de pétrole et de gaz naturel, dont un cinquième de la production mondiale passe par cette route– le temps est aussi devenu un adversaire pour certains passagers des bateaux bloqués: des milliers de vaches, de chèvres et de moutons immobilisés en pleine mer.
Selon l'association écologiste française Robin des Bois, au moins six navires transportant du bétail ont été identifiés dans la zone du conflit. Et on ne parle pas ici de petits bateaux avec un ou deux moutons à bord. Au total, ce seraient entre 70.000 et 80.000 animaux d'élevage (des bovins, ovins et caprins notamment) qui seraient bloqués sur d'immenses navires actuellement situés en Méditerranée orientale et en mer Rouge, d'après l'association.
Pourquoi autant d'animaux sont-ils ainsi transportés par la mer? La plupart de ces bêtes sont en fait destinées à la reproduction, à l'engraissement ou à l'abattage dans les pays importateurs, notamment l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, mais aussi l'Irak et la Jordanie. Ces pays préfèrent souvent importer des animaux vivants, d'abord parce que c'est moins cher, mais aussi pour des raisons religieuses, certains rites exigeant que les animaux soient abattus selon un protocole précis une fois arrivés sur place.
Les animaux sont généralement entassés dans ce que l'on appelle des bétaillères maritimes. En gros, des navires, pas forcément modernes, spécialement conçus pour transporter des animaux vivants. Et on est loin des conditions d'une croisière cinq étoiles. Ces bateaux partent de la Corne de l'Afrique, d'Europe ou encore d'Amérique du Sud. Un sacré voyage déjà peu enviable pour ces bêtes, que le blocage du détroit d'Ormuz transforme aujourd'hui en véritable enfer.
Le temps passe, les animaux s'entassent
En temps normal, le transport maritime d'animaux vivants est déjà régulièrement pointé du doigt par les organisations de protection animale. L'entassement dans un espace trop petit pendant parfois de longues semaines entraîne un stress important chez les bêtes, sans parler des problèmes d'hygiène évidents. Avec la situation actuelle dans le détroit d'Ormuz, les conditions de vie des animaux bloqués risquent de rapidement se transformer en supplice.
Dans des régions comme le golfe Persique ou la mer Rouge, où se trouvent les bateaux immobilisés, les températures élevées et l'humidité ne font qu'aggraver la situation. Les animaux, souvent agglutinés sur des ponts fermés, collés les uns aux autres, ne peuvent pas être débarqués. Ils stagnent alors dans la boue et les excréments, à la merci des maladies et parfois de la mort.
À terme, le manque de nourriture pourrait commencer à se faire sentir, alertent les militants de défense des animaux. Sans parler du manque d'eau (et n'imaginez pas aller puiser dans l'eau de mer salée). Autant de ressources de base qui s'amenuisent au fil des jours, alors que la guerre reste active et trop incertaine pour que la plupart des navires puissent adopter un nouvel itinéraire définitif.
Un navire bétailler battant pavillon du Libéria, parti du Brésil, transporterait par exemple des animaux depuis plus d'un mois, sans pouvoir les débarquer! Une situation alarmante, qui pourrait malheureusement ne pas s'arrêter de sitôt. L'Iran aurait en effet commencé à déposer des mines marines dans les eaux du détroit d'Ormuz: une stratégie diaboliquement efficace pour empêcher tout navire de s'y risquer avant un bout de temps.
Voir tous ses articles
Pourquoi le blocage du détroit d'Ormuz est-il (aussi) un supplice pour des dizaines de milliers d'animaux?
Paris, Lyon, Marseille: la France est-elle potentiellement exposée aux missiles iraniens?
Nos empreintes digitales sont-elles vraiment uniques ou quelqu'un d'autre a-t-il les mêmes que nous?
Pourquoi les États-Unis en veulent-ils autant, et depuis si longtemps, à Cuba?
Pourquoi le drapeau breton est-il interdit aux Jeux olympiques?
Prison et zones d'ombre: comment Jeffrey Epstein est-il mort?
Pourquoi un pape a-t-il décidé, il y a plus de 1.500 ans, que l'on mangerait des crêpes à la Chandeleur?
Pourquoi y a-t-il autant de «ladyboys» en Thaïlande?
La «Perse» a-t-elle vraiment changé son nom pour «Iran» afin de séduire Adolf Hitler en........
