Des complotistes sont persuadés que la gravité de la Terre va se couper pendant sept secondes le 12 août 2026
Des complotistes sont persuadés que la gravité de la Terre va se couper pendant sept secondes le 12 août 2026
Clément Poursain – 27 février 2026 à 7h55
Un scénario apocalyptique affirmant que la planète perdra soudainement sa gravité circule sur les réseaux sociaux, malgré son impossibilité physique totale et l'absence de toute source scientifique crédible.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Popular Mechanics
Une rumeur délirante circule sur les réseaux: le 12 août 2026 à 14h33 UTC (16h33 chez nous), la Terre perdra sa gravité pendant sept secondes, projetant les gens jusqu'à 20 mètres de hauteur et provoquant 40 millions de morts. Le scénario –évidemment loufoque– est pris au sérieux par quelques complotistes en ligne, qui ne sont plus à une théorie loufoque près.
Leur croyance se base sur un pseudo-document «secret» de la NASA, baptisé «Project Anchor», doté d'un budget de 89 milliards de dollars (75,3 milliards d'euros) pour se préparer –accrochez-vous– à une «anomalie gravitationnelle» causée par des ondes gravitationnelles issues de trous noirs qui se croiseraient pile au niveau de notre planète. De quoi nourrir les vidéos TikTok angoissées et les threads complotistes des zinzins de l'apocalypse, résume un article de Popular Mechanics.
Pour les physiciens, cette histoire ne tient pas une seconde. «C'est tout à fait invraisemblable », tranche Joel Meyers, professeur de physique à l'Université méthodiste du Sud, au Texas. Il refuse même d'attribuer une probabilité chiffrée à la rumeur: «Cela n'arrivera tout simplement pas». La NASA a d'ailleurs confirmé à des fact-checkers qu'aucun «projet Anchor» n'existe et que «la seule façon pour la Terre de perdre sa gravité serait que le système terrestre perde de la masse», autrement dit que notre planète se vide littéralement de sa matière.
Pour comprendre pourquoi «couper» la gravité est absurde, il faut revenir à ce qu'elle est. Depuis Einstein, la gravitation n'est pas une force qu'on allume et éteint, mais une propriété intrinsèque de l'espace-temps: la matière courbe cet espace-temps, et les objets suivent cette courbure. «Pour que la Terre perde sa gravité, il faudrait manipuler l'espace-temps lui-même à très grande échelle, rappelle Joel Meyers. Si cela était possible, il y aurait beaucoup d'objectifs bien plus utiles à atteindre que de désactiver la gravité sur Terre pendant quelques secondes.»
Il y a aussi la question de l'énergie démentielle nécessaire pour qu'un tel phénomène advienne. La Terre est «maintenue» par une énergie de liaison gravitationnelle colossale. La «désactiver» impliquerait de vaincre cette cohésion, ce qui demanderait, calcule Joel Meyers, l'équivalent d'environ mille milliards de fois la consommation annuelle d'énergie des États‑Unis. Il faudrait consacrer tout le budget énergétique du pays pendant cent fois l'âge de l'Univers pour y parvenir. Autant dire qu'aucun trou noir lointain ne peut provoquer un tel reset local de la gravité.
La date choisie par les complotistes n'est pas anecdotique: un véritable événement astronomique est prévu ce jour-là, une éclipse solaire totale visible notamment depuis le Groenland, l'Islande et le nord de l'Espagne. Comme toutes les éclipses, elle modifiera légèrement les forces de marée, un phénomène parfaitement compris et inoffensif, n'ayant aucun effet sur le champ de gravité terrestre.
Reste la question la plus importante: pourquoi tant de gens ont-ils envie d'y croire? «C'est amusant de spéculer sur quelque chose d'aussi inhabituel», note Joel Meyers: beaucoup partagent et relaient les contenus sans vraiment y croire, juste pour le frisson. D'autres le font pour rejoindre une communauté, celle de ceux qui «savent» –ou expriment une méfiance viscérale envers toute autorité, scientifique ou institutionnelle.
Un complot sans gravité
Joel Meyers insiste: si la moindre indication solide apparaissait sur un phénomène gravitationnel aussi inédit, la communauté scientifique se précipiterait dessus, et l'information viendrait de sources sérieuses, pas d'un fil X ou d'un reel Instagram. «Si des preuves expérimentales irréfutables venaient à contredire la théorie de la gravité d'Einstein, la communauté scientifique accepterait ces preuves comme un moyen de se rapprocher de la vérité, plutôt que de les rejeter», rappelle‑t‑il. Le fantasme d'un complot mondial visant à cacher un événement pareil est en contradiction directe avec la manière dont fonctionne la physique contemporaine.
Cela n'empêche pas de jouer au « Et si c'était vrai?». Joel Meyers s'est prêté à l'exercice pour Popular Mechanics, en imaginant malgré tout une période de sept secondes sans gravité aucune. Un simple piéton ne décollerait que de quelques dizaines de centimètres avant de retomber.
En revanche, quelqu'un qui sauterait au bon moment pourrait grimper jusqu'à 20 mètres. Les océans et l'atmosphère, eux, commenceraient à se gonfler et à déborder de leurs bassins, mais n'auraient pas assez de temps pour s'échapper totalement. Les perturbations engendrées au retour de la gravité pourraient en revanche déclencher des phénomènes météo ou tectoniques violents.
Ne vous inquiétez donc pas cet été. Le 12 août, il fera sombre quelques minutes si vous avez la chance de pouvoir assister à l'éclipse, mais vous ne vous envolerez sûrement pas.
Voir tous ses articles
Slate À la une Guerre en Ukraine Donald Trump Monde Société Politique Économie Culture Tech & internet Médias Égalités Parents & enfants Boire & manger Sciences Santé Sports Séries Grands formats
korii. À la une Biz Tech Et Cætera
Slate Audio À la une Nos podcasts Nos productions audio
Nos productions audio
korii. est la verticale de Slate.fr dédiée aux nouvelles économies, aux nouvelles technologies, aux nouveaux usages et à leurs impacts sur nos existences.
Slate Audio est une plateforme d’écoute de podcasts natifs imaginée par Slate.fr.
Slate for Brands, c'est un ensemble de solutions de production et de médiatisation entièrement dédiées à répondre aux problématiques de communication de nos partenaires.
