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C'est le printemps, la Russie ressort ses énormes chars «tortue», mais sans grand succès

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C'est le printemps, la Russie ressort ses énormes chars «tortue», mais sans grand succès

Clément Poursain – 31 mars 2026 à 12h00

Face aux drones ukrainiens, Moscou déploie des blindés surprotégés aux allures de forteresses mobiles, mais leur lenteur et leur vulnérabilité persistante empêchent toute avancée décisive.

Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Euromaidan Press

Les forces russes tentent en vain depuis plus d'un an de s'emparer de Kostiantynivka, ville industrielle et verrou stratégique qui se dresse entre le gros des forces russes et les villes encore libres de Kramatorsk et Sloviansk, dans l'oblast de Donetsk. Malgré des pertes humaines très importantes lors de ce siège au long cours, Moscou s'obstine. Fin mars, l'une de ses unités les plus aguerries, la 4ᵉ brigade de fusiliers motorisés, a ressorti ses engins les plus impressionnants pour une nouvelle tentative d'approche de cette cité fortifiée, raconte un article d'Euromaidan Press.

Au cœur de cette offensive, on retrouve les fameux chars «tortue» –des monstres d'acier mis au point au fil d'années d'improvisation sur le front. Après un an d'assauts quasi exclusivement menés par l'infanterie, qui auraient coûté à la Russie plus de 418.000 victimes, les états-majors ont décidé de remettre leurs soldats dans des véhicules blindés. Les premiers résultats sont pour le moins mitigés: près de Lyman, le 19 mars, une attaque comptant 54 véhicules s'est soldée par ce qu'un opérateur de drone ukrainien a décrit comme un «massacre».

Ces forteresses roulantes sont le produit d'une logique simple qu'on retrouve depuis le tout début du conflit: il faut protéger les blindés face à la menace omniprésente des drones kamikazes ukrainiens. Ces chars, bardés de plaques, de chaînes, de filets ou de grilles en métal, ont déjà démontré leur capacité à encaisser plusieurs frappes de drones FPV. Leur talon d'Achille, c'est la vitesse: chargés de tonnes d'acier additionnel, ils peinent à dépasser les 10 km/h, exposant d'autant plus longtemps leurs équipages aux attaques aériennes.

Techniquement, la 4ᵉ brigade est partie d'un char T‑72B3M standard, autour duquel elle a soudé un exosquelette métallique destiné à dévier ou absorber l'impact des drones explosifs. Des planchers sont installés sous ce blindage supplémentaire pour permettre à l'infanterie de voyager à l'abri, avec des trappes pour monter et descendre, et les interstices sont garnis de chaînes pendantes supposées protéger contre l'explosion du drone. À l'avant, des rouleaux déminants viennent déclencher les mines avant que le char ne les atteigne, tandis que des brouilleurs radio, montés sur le toit, cherchent à neutraliser les drones commandés à distance.

Touchés mais pas coulés

Aperçus à de nombreuses reprises sur les routes menant à Kostiantynivka à la fin de l'année dernière, ces gros véhicules se sont raréfiés à l'hiver 2025‑2026 quand les terrains détrempés ont poussé Moscou à privilégier des assauts d'infanterie. Ces offensives au sol se sont révélées extrêmement coûteuses, et aussi peu efficaces. Avec le retour du temps sec, les blindés reviennent en force, signalant une «re‑mécanisation» d'unités russes qui avaient été temporairement contraintes de se battre à pied.

Cette réorientation n'a cependant pas inversé la dynamique autour de Kostiantynivka et de Lyman, deux positions-clés qui bloquent respectivement la progression russe vers le nord et vers l'ouest en direction des mêmes objectifs, Kramatorsk et Sloviansk. Fin mars, au moins deux chars-tortue ont ainsi été lancés vers Kostiantynivka, des groupes d'assaut abrités sous leurs coques métalliques. Ces drones ukrainiens observaient évidemment leurs mouvements: lorsqu'ils ont lentement traversé Ivanopillia, à 5 km au sud de la ville, des drones FPV reliés par fibre optique, opérés par la 28ᵉ brigade mécanisée ukrainienne, sont entrés en action. La vidéo de l'assaut est présente ici. Attention, certaines images peuvent choquer.

Au moins un de ces chars géants aurait été neutralisé, ce que semblent partiellement confirmer les images des drones de surveillance qui montrent des dégâts évidents sur un des véhicules. La 1100ᵉ brigade mécanisée, déployée dans le même secteur, affirme cependant avoir observé deux chars russes quittant Ivanopillia vers le sud, ce qui laisse penser qu'ils ont pu se replier malgré les frappes. Des frappes ultérieures contre de l'infanterie russe à pied suggèrent même que les blindés ont réussi à débarquer une partie de leurs passagers sur la périphérie sud de Kostiantynivka, sans pour autant parvenir à gagner du terrain.

Pour les Ukrainiens, cette résistance répétée finit presque par devenir une routine. «Nous sommes déjà habitués aux petits groupes sans fin et au fait de repousser des assauts mécanisés», ironise la 28ᵉ brigade mécanisée, qui affirme que la ville tient bon, malgré la multiplication des attaques. Kostiantynivka reste, pour l'instant, aux mains de Kiev, mais les militaires ukrainiens préviennent que les Russes, et leurs chars insolites, reviendront à la charge.

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