«Si tu penses bien», «Shana», «Mauvaise étoile»: à Cannes, le cinéma s'empare enfin des récits d'emprise
«Si tu penses bien», «Shana», «Mauvaise étoile»: à Cannes, le cinéma s'empare enfin des récits d'emprise
Anaïs Bordages – Édité par Émile Vaizand – 21 mai 2026 à 6h55
Dans la sélection du 79e Festival de Cannes, de nombreux films dépeignent les complexités d'une relation amoureuse toxique. On en a parlé avec la réalisatrice Géraldine Nakache et l'actrice Monia Chokri, venues sur la Croisette présenter «Si tu penses bien».
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C'était il y a onze ans. En 2015, la réalisatrice Maïwenn présentait Mon roi en compétition au Festival de Cannes. Le film, qui retrace la longue et turbulente relation d'emprise entre une femme (Emmanuelle Bercot) et son conjoint narcissique (Vincent Cassel), est immédiatement rejeté par une grande partie de la critique et qualifié à l'époque, au même titre que son personnage féminin, d'«hystérique».
Il faut dire que les mots nous manquent encore pour décrire le phénomène que le film veut raconter: une relation amoureuse régie par la manipulation et les violences psychologiques, dans laquelle le personnage féminin peine à reconnaître ce dont il est victime. Pourtant, Mon roi sera un film précurseur. Beaucoup de femmes reconnaissent alors dans ses images des comportements qu'elles ont vécus, extrêmement répandus mais alors peu compris par le grand public; ceux que l'on range désormais dans la catégorie des «relations toxiques», «pervers narcissiques» ou «rapports d'emprise».
«J'espère qu'il y a un chemin d'empathie qui s'est fait»
«Je pense qu'il y a quelque chose qui a changé depuis. 2017, c'est quand même la naissance du mouvement #MeToo», observe Monia Chokri, qui incarne l'héroïne de Si tu penses bien, réalisé par Géraldine Nakache et sélectionné cette année dans la section Cannes Première. Dans le film, qui adopte une structure chronologique décousue, Gil (Monia Chokri) tombe rapidement enceinte de Jacques (Niels Schneider), se marie avec lui et voit peu à peu l'étau se refermer sur elle. Il leur achète une maison luxueuse loin de la ville, l'intime d'arrêter de travailler et l'isole progressivement.
Monia Chokri (Gil) et Niels Schneider (Jacques), dans Si tu penses bien, de Géraldine Nakache. | © Liaison Cinématographique - Pan Cinema - Artémis Productions - Les Productions du Ch’timi
«J'espère qu'il y a un chemin d'empathie qui s'est fait. Sans doute plutôt du côté de la gent masculine, parce que moi, Mon roi, ça m'avait quand même interpellée, déjà à l'époque», estime Monia Chokri. Depuis la libération de la parole occasionnée par le mouvement #MeToo, on assiste en effet à une multiplication des récits sur l'emprise et les violences dans le couple.
Si tant est que le Festival de Cannes permette de prendre le pouls des préoccupations actuelles, alors il semblerait qu'enfin, les récits d'emprise se fassent une place dans la conscience collective.........
