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Eugénisme, racisme et rhétorique trumpienne: la dérangeante obsession des États-Unis pour le QI

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03.05.2026

Eugénisme, racisme et rhétorique trumpienne: la dérangeante obsession des États-Unis pour le QI

Allane Madanamoothoo – 3 mai 2026 à 17h00

Depuis le début du XXe siècle, l'Amérique entretient une relation troublante avec le quotient intellectuel. Au point de l'utiliser à des fins politiques, idéologiques ou pseudo-scientifiques, de Henry H. Goddard à Donald Trump en passant par Jeffrey Epstein.

Temps de lecture: 8 minutes

Ce qui avait été conçu comme un outil pédagogique par Alfred Binet et Théodore Simon en France a été importé par le psychologue Henry Goddard aux États-Unis à la fin des années 1900 et s'est rapidement transformé en un instrument de tri social dans ce pays. Aujourd'hui, des start-up californiennes proposent aux parents fortunés de classer leurs embryons selon leur quotient intellectuel (QI) potentiel, tandis que Donald Trump en fait une arme rhétorique contre ses adversaires.

L'obsession des Américains pour le quotient intellectuel (QI) remonte aux thèses eugénistes du début du XXe siècle et perdure encore aujourd'hui. Elle se manifeste tantôt par des actes, tantôt par des paroles. Dans les deux cas, les conséquences ouvrent la voie, comme par le passé, à des pratiques racistes et eugénistes.

L'importation, la traduction et l'adaptation du test Binet-Simon par Henry H. Goddard

Le test de mesure de l'intelligence conçu en 1905 par Alfred Binet et Théodore Simon, puis révisé en 1908 et en 1911 et communément appelé «test de QI» plus tard, était initialement destiné à permettre aux enfants en difficulté scolaire de rattraper leur retard. Importé aux États-Unis en 1908 par le psychologue Henry Herbert Goddard à la suite d'un voyage en Europe, il fut très vite détourné de ses fonctions initiales après avoir été traduit et adapté avec un certain manque de rigueur sur le continent américain.

Henry H. Goddard, qui était à la fois un fervent eugéniste et directeur de la Vineland Training School –une école pour les enfants atteints de handicaps physiques et mentaux– dans le New Jersey, a été l'un des chefs de file de ce détournement. Il traduisit et adapta la version de 1908 qu'il expérimenta sur des enfants à partir de 1911. Henry H. Goddard les divisa en trois catégories et les qualifia selon leur degré de déficience en:

«Idiots» (2 ans d'âge mental);

«Imbéciles» (3 à 7 ans d'âge mental);

«Faibles d'esprit» (8 à 12 ans d'âge mental), qu'il désigna également par le terme «morons» (traduit vulgairement en français par «crétins»).

D'après Henry H. Goddard, les «faibles d'esprit» représentaient le plus grand risque pour la société, car ils pouvaient se «reproduire facilement». Il pensait aussi –du moins pendant un certain temps– que ces derniers étaient surreprésentés parmi les criminels, les prostituées et les alcooliques.

En 1913, Henry H. Goddard participa à l'évaluation systématique des immigrés au centre d'accueil d'Ellis Island (New York) par l'intermédiaire du test de QI, traduit et adapté, en dépit des facteurs socioculturels et linguistiques. Les immigrés jugés «faibles d'esprit» étaient renvoyés dans leur pays d'origine.

Le test de QI selon Henry Herbert Goddard. | Research Gate

Le test de QI avait de plus servi à justifier les stérilisations forcées à la suite de l'arrêt Carrie Buck v. Bell, rendu par la Cour suprême le 2 mai 1927. La Cour autorisa la stérilisation contrainte d'une jeune femme, Carrie Buck, internée à tort après avoir été violée, au faux motif de promiscuité et d'un prétendu «faible QI........

© Slate