Au Danemark, un paysage politique toujours plus fragmenté
Au Danemark, un paysage politique toujours plus fragmenté
Le Danemark renouvelle son parlement le 24 mars. La première ministre Mette Frederiksen tente de sauver son poste avec un programme incluant le retour d’un impôt sur la fortune. Mais après quatre ans de coalition avec la droite et le centre, elle souffre d’un manque de crédibilité.
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MardiMardi 24 mars, les électrices et électeurs danois vont renouveler leur Parlement, le Folketing, à l’issue d’une campagne que Mette Frederiksen a voulu courte. Ce scrutin, qui devait intervenir avant fin octobre, a été convoqué à la surprise générale par la première ministre social-démocrate le 26 février.
Son idée était simple. Elle espérait profiter du léger regain de popularité dont son parti avait bénéficié lors de la crise du Groenland, en janvier. La gestion de cette crise, durant laquelle Mette Frederiksen avait tenu tête à Donald Trump et s’était efforcée, avec son ministre des affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, de consolider le soutien européen, avait été plutôt appréciée des Danois.
C’était une fenêtre de tir inespérée, alors que sa gestion depuis la dernière élection, en 2022, était très largement rejetée par la population. Mette Frederiksen avait alors fait le choix de former une « grande coalition », regroupant son parti et son rival traditionnel, Venstre (droite), ainsi que le parti centriste des Modérés, créé par Lars Løkke Rasmussen, ancien premier ministre avec Venstre.
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Cette coalition rompait pour la première fois avec la logique des blocs. Jusque-là, la politique danoise s’organisait autour de deux blocs : le rouge, à gauche, dominé par les sociaux-démocrates, et le bleu, à droite, dominé par Venstre (auparavant en concurrence avec le parti conservateur KFP). Même lorsque les gouvernements étaient minoritaires, ils pouvaient compter sur cette logique de vote pour assurer leur stabilité. Seul le parti radical (Radikale Venstre, RV), un parti social-libéral, passait régulièrement d’un bloc à l’autre pour assurer les majorités.
Pour Mette Frederiksen, cette logique était devenue un obstacle. En 2019, elle avait engagé un tournant dans le programme du parti social-démocrate en durcissant le ton sur l’immigration, pour réduire l’influence du parti de droite xénophobe DF (Parti du peuple danois), arrivé deuxième aux élections de 2015. Cette stratégie s’accompagnait du maintien d’un discours redistributif permettant, en théorie, de tenir une coalition avec les deux partis à sa gauche, le Parti socialiste du peuple (SF) et la Liste de l’unité (EL).
Un gouvernement impopulaire
Mais le maintien de la coalition de gauche entre 2019 et 2022 a été très difficile. Mette Frederiksen a convoqué en 2022 des élections anticipées, qui ont permis aux sociaux-démocrates, avec 27,5 % des voix, d’enregistrer leur meilleur score depuis 2001. Forte de son succès, la première ministre a alors décidé de changer d’alliance et de briser la logique des blocs.
Le deuxième ministère Frederiksen a cependant été marqué par une forte impopularité de cette formule centriste. Le gouvernement a continué une politique de réduction de l’immigration et mis en place des politiques néolibérales : des réformes fiscales favorables aux plus riches, le report de l’âge légal de la retraite à 70 ans en 2040, et la suppression d’un jour férié, le « grand jour de la prière » (« Store Bededag »), une fête religieuse chômée depuis 1686.
Cette dernière décision a provoqué une vague de protestation et de grandes manifestations en 2024. En novembre 2025, les élections locales ont pris un air de déroute pour la coalition. Le parti social-démocrate et Venstre ont perdu ensemble pas moins de 255 sièges. En part de voix, les deux partis ont reculé de 12 points. Pire, le parti de Mette Frederiksen a perdu dix-huit postes de maires, parmi lesquels celui de Copenhague qu’il tenait depuis le début du XXe siècle.
Début 2026, l’avenir électoral de la coalition semblait désespéré. L’embellie liée à la crise groenlandaise était donc une occasion à ne pas laisser passer.
Mette Frederiksen a jeté d’emblée un pavé dans la mare : un projet d’impôt sur la fortune.
La première ministre a pu se préparer et jouer de l’effet de surprise. Dès l’annonce de ces élections, elle a martelé une série de propositions destinées à donner le ton de la campagne. Son objectif était clair : dominer les débats et imposer un récit, celui du retour des sociaux-démocrates dans le bloc « rouge »..
Elle a jeté d’emblée un pavé dans la mare : un projet d’impôt sur la fortune qui frapperait annuellement, à hauteur de 0,5 %, les montants des patrimoines qui dépasseraient 25 millions de couronnes danoises (environ 3,35 millions d’euros) pour les célibataires, et 50 millions de couronnes (6,7 millions d’euros) pour les couples. Le parti social-démocrate espère ainsi collecter 6,5 milliards de couronnes (environ 870 millions d’euros).
La proposition a causé des cris d’orfraie de la droite, des Danois les plus riches et du patronat, représenté par l’association Dansk Industri dont le président, Morten Høyer, a prédit « une réduction du PIB ». Martin Thorborg, PDG du groupe de comptabilité Dinero, a prévenu que beaucoup de riches quitteraient le Danemark. C’est exactement ce que cherchait Mette Frederiksen.
« Chaque critique des riches contre ce projet est une bénédiction pour les sociaux-démocrates », explique Carsten Mai, un communicant qui a longtemps........
