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Le génocide des Yézidis pour la première fois devant la justice française

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15.03.2026

Le génocide des Yézidis pour la première fois devant la justice française

Pilier de Daech, Sabri Essid, présumé mort en Syrie, est jugé par défaut du 16 au 20 mars pour génocide et crimes contre l’humanité à l’encontre de la communauté yézidie. Un procès inédit en France. Cinq survivantes le mettent en cause. Deux d’entre elles témoigneront devant la cour d’assises de Paris.

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FaizaFaiza et Baran disent qu’elles « ne guériront jamais ». Elles sont des survivantes yézidies, cette minorité ethnique et religieuse kurdophone du nord de l’Irak, victime d’actes de génocide entre 2014 et 2017 par Daech, l’acronyme arabe de l’État islamique (EI). Leur avocate les décrit comme des femmes « brisées », « mortes à l’intérieur ». Elles raconteront du 16 au 20 mars devant la cour d’assises de Paris, le calvaire qu’elles ont enduré pendant des mois aux mains de leurs bourreaux. Un homme en particulier sera au cœur des débats : Sabri Essid, un pilier de Daech. 

Elles n’affronteront pas son regard dans le box des accusés qui sera vide. Sabri Essid, 41 ans, de sa kunya (son nom de guerre) Abou Dojanah al-Faransi, sera jugé par défaut, sans défense, devant une cour composée de trois juges professionnels, sans jury populaire. Il est présumé mort en Syrie depuis février 2018.

Des témoignages en attestent, notamment celui de son ex-femme qui s’était vu octroyer un semblant de pension de veuve de guerre par l’EI, mais aucune preuve formelle de son décès n’a été apportée. La justice française demeure donc compétente pour le juger. S’il venait à réapparaître, il aurait le droit de faire opposition au verdict qui sera rendu et d’être rejugé en première instance. 

« La date du décès supposé de Sabri Essid n’est pas constante, ni même les circonstances telles qu’elles en sont relatées (assassinat par des “renégats” ; saut sur une mine), précise l’ordonnance de renvoi devant la cour d’assises. […] Rien ne permet d’exclure que Sabri Essid, pour des raisons tenant notamment à sa funeste célébrité, ait mis en scène le scénario de sa propre mort dont on n’a à ce jour aucune preuve avérée. Dans le doute, il doit être considéré comme étant toujours en fuite. »

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Figure du djihadisme toulousain dans le sillage des frères Clain, élevée aux Izards, le même quartier que Mohammed Merah, son demi-frère par alliance dont il avait organisé l’enterrement, Sabri Essid sera jugé pour génocide et crimes contre l’humanité au préjudice de la minorité yézidie.

Il est accusé d’avoir commis, en Syrie, entre août 2014 et jusqu’à courant 2016, des atteintes graves à l’intégrité physique ou psychique constitutives de génocide, des actes de réduction en esclavage, d’emprisonnement, de torture, de viol, de persécution et d’autres actes inhumains constitutifs de crimes contre l’humanité. Il est également accusé de complicité de ces crimes pour avoir participé au transfert de femmes et d’enfants réduits en esclavage en 2015. 

Au terme de plusieurs années d’instruction, cinq femmes ont été identifiées comme ses victimes. Deux seront présentes au procès : Faiza et Baran. Elles se constitueront parties civiles, aux côtés de la Fédération internationale des droits humains (FIDH), de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et de trois ONG yézidies : Kinyat, la Free Yezidi Foundation (FYF), et Yazda, créée en 2014, peu après que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains a qualifié de génocide les crimes commis par Daech. 

Le procès est doublement historique : c’est la première fois que des crimes commis contre les Yézidi·es sont jugés en France et c’est la première fois qu’un ressortissant français est jugé pour crimes de génocide. Un deuxième procès pour génocide devrait bientôt suivre : celui d’une revenante française de Syrie, Sonia Mejri, soupçonnée d’avoir........

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