Le fiasco des groupes de niveau, symbole d’une politique de l’éducation en déshérence
Éducation et enseignement supérieur — Parti pris
Le fiasco des groupes de niveau, symbole d’une politique de l’éducation en déshérence
Un décret enterre définitivement la mesure phare du « choc des savoirs » de Gabriel Attal. Lâchée peu à peu par ses successeures rue de Grenelle, cette réforme a suscité une colère immense, des parents aux chefs d’établissement.
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UneUne photo permet parfois, à elle seule, de mesurer l’ironie de l’histoire. Sur cette image, prise le 5 décembre 2024, on voit Gabriel Attal entrer dans le petit centre de documentation d’un collège parisien, où l’attend une flopée de journalistes, de micros et de caméras. Celui qui est alors ministre de l’Éducation nationale s’apprête à détailler sa réforme phare, le « choc de savoirs », et parmi les mesures annoncées, celle des groupes de niveau, qui visent à trier les élèves en mathématiques et en français en classe de 6e et 5e.
Assis sur une simple chaise d’école au premier plan, le directeur général de l’enseignement scolaire, Édouard Geffray, haut fonctionnaire inconnu du grand public, assiste à la scène.
C’est le même qui, deux ans plus tard et devenu ministre à son tour, donnera pourtant le coup fatal à la mesure, par la voie d’un décret publié le 12 mars au Journal officiel. S’il reste possible d’imaginer « un accompagnement pédagogique renforcé » pour les enseignements de français et de mathématiques, « adapté aux besoins des élèves », le caractère obligatoire de la mesure tombe définitivement, mettant fin à deux ans de détricotage plus ou moins assumé.
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La mesure, véritable casse-tête logistique, a fait, il faut le dire, immédiatement la quasi-unanimité contre elle. Abondamment critiqués par les chercheurs et chercheuses en éducation – qui y voyaient une manière de torpiller le « collège unique » –, jugés contraires à « l’éthique », « la déontologie et les principes républicains » par des personnels de direction, dénoncés partout en France comme une « machine à trier » par les enseignant·es, les groupes de niveau sont aussi devenus un véritable sujet d’angoisse pour de nombreux parents de collégiens.
Imaginés sur la base d’une inquiétude partagée et réelle – la baisse du niveau des élèves en mathématiques et en français notamment –, ces groupes différenciés battaient en effet en brèche une idée reine en éducation : celle de l’émulation produite par l’hétérogénéité des élèves. À condition d’avoir des effectifs tenables et des adultes en nombre suffisant dans les classes.
De quoi faire dire à l’époque à Pierre Priouret, professeur en lycée et secrétaire académique du Snes-FSU chargé de la question des mathématiques, que si les écarts se sont creusés de « manière spectaculaire » au collège ces dernières années, le ministre Gabriel Attal consacrait « cet état de fait en créant des groupes de niveau » qui allaient « importer dans les classes les écarts que produit déjà le système ».
Revers de la médaille pour le gouvernement, les groupes de niveau, et plus largement le « choc des savoirs », ont également donné lieu à l’une des plus intenses mobilisations de ces dernières années sur l’éducation, réussissant l’alliance des enseignants et des parents.
Pour Gabriel Attal, c’est donc un raté, plein et entier. Son « choc des savoirs » a été quasiment intégralement mis à la poubelle.
En témoignent, en plus des manifestations qui ont émaillé la période, les très nombreuses opérations « collèges déserts » un peu partout en France, parfois avec le soutien ou la bienveillance tacite des chefs d’établissement. Mais........
