Téhéran célèbre le nouvel an iranien, Khamenei reste invisible
Proche et Moyen-Orient
Téhéran célèbre le nouvel an iranien, Khamenei reste invisible
Le nouveau Guide suprême s’est exprimé par écrit vendredi, mais ne s’est pas montré, accréditant l’idée qu’il est mort, blessé ou réfugié dans un pays allié. Les Gardiens de la révolution ne semblent pas se soucier de son absence, ce qui pourrait indiquer qu’ils ont saisi tous les leviers du pouvoir.
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DeuxDeux couleurs s’opposent plus que jamais dans la République islamique d’Iran. Le noir, couleur du deuil, de la célébration de la mort, dont celle « en martyr » du Guide suprême Ali Khamenei, qui doit durer quarante jours et que respectent à la lettre tous les partisans du régime. Et le rouge – ou toute autre couleur si elle est vive – qui symbolise la vie, la renaissance, un coloris que l’on a retrouvé sur les vêtements de celles et ceux qui, le 20 mars, ont fêté Norouz, le nouvel an persan. Un événement que la population iranienne célèbre traditionnellement avec faste.
Ces deux couleurs sont aussi deux mondes qui se télescopent. Car Norouz occupe une place complexe dans l’idéologie de la République islamique, qui n’a jamais aimé les rituels pré-islamiques de cette très vieille fête zoroastrienne, se déroulant à l’équinoxe du printemps et dont les origines pourraient remonter à plus de 2 500 ans avant l’islam.
Mais le pouvoir iranien l’a cependant récupérée et la considère à présent comme un instrument essentiel de sa légitimité. C’est pourquoi un prêche télévisé lénifiant était prononcé chaque année sans exception par le Guide suprême, depuis la ville sainte de Mecched (nord-est du pays), au cours duquel il lançait des mots d’ordre sur les objectifs à atteindre lors de l’année à venir.
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Ce prêche, Mojtaba Khamenei ne l’a pas prononcé vendredi 20 mars. Il n’y a pas eu davantage de vidéo. Un message écrit lui a certes été attribué, dans lequel il assure que l’Iran « a été victorieux », mais rien n’indique qu’il en soit l’auteur. Un signe que le nouveau Guide suprême est mort ou gravement blessé, à moins qu’il ne soit hors d’Iran.
Le texte affirme également que Téhéran n’est pas responsable de récentes attaques contre certains de ses voisins, mais qu’elles sont le fait d’Israël : « J’insiste sur le fait que les attaques qui ont eu lieu en Turquie et à Oman – qui entretiennent l’une et l’autre de bonnes relations avec nous – n’ont en aucun cas été menées par les forces armées de la République islamique, ni par d’autres forces du Front de la résistance. »
Le « mercredi du feu »
Même si cette année, Norouz avait un goût terriblement amer en raison des massacres des 8 et 9 janvier, qui ont touché bien des familles, et des bombardements israélo-états-uniens, la fête a quand même été largement célébrée.
« Les vidéos que j’ai pu voir montrent que les habitants de Téhéran ont fait des courses en prévision de Norouz, que la circulation est revenue dans les artères de la ville, en particulier vers le nord [mieux achalandé – ndlr], indique depuis Paris le chercheur et spécialiste de l’Iran Reza Moini. D’autres personnes en ont profité pour quitter la ville et se réfugier en Turquie. La vie continue malgré les bombes et le contrôle des rues par les miliciens. Mais pour les gens pauvres, la situation est vraiment très difficile en raison des prix totalement exorbitants des aliments. »
Autre grave souci pour la population : la fermeture des banques depuis le 28 février, comme d’ailleurs celle de la plupart des commerces, des écoles et des administrations. Les distributeurs automatiques ne sont plus approvisionnés. D’où un manque criant de liquidités, sans compter les retards dans le versement des salaires et des pensions.
Norouz est toujours précédée d’une autre antique fête zoroastrienne, tout aussi........
