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Dans la Loire, un maire «sans étiquette» aux obsessions d’extrême droite règne sur Lorette

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18.10.2026

Extrême droite — Enquête

Dans la Loire, un maire « sans étiquette » aux obsessions d’extrême droite règne sur Lorette

Gérard Tardy parraine Éric Zemmour, salue Jordan Bardella, relaie la théorie du « grand remplacement » et multiplie les mesures islamophobes. Entre intimidations de ses opposants et condamnations judiciaires, le maire octogénaire de Lorette dirige sa commune d’une main de fer depuis près de quarante ans.

Eléna Roney (Mediacités)

18 octobre 2026 à 19h25

Cet article est en accès libre.

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LoretteLorette (Loire).– Dans le centre-ville de Lorette – commune de 5 000 habitant·es au cœur d’une vallée autrefois industrielle située entre Lyon et Saint‐Étienne –, les commerces se font rares. Et sous la pluie de cette fin du mois de septembre, seuls les panneaux d’affichage lumineux de la ville rompent cette grisaille. Avec le même message diffusé en boucle à divers endroits : « La République se vit à visage découvert. »

« Je ne fais même plus attention maintenant, mais c’est vrai que c’est extrêmement malaisant », déplore Ilan, la vingtaine, qui habite à Lorette depuis six mois et connaît bien la commune : ses grands‐parents y vivent depuis toujours.

Ce message sur des panneaux en général destinés aux informations pratiques est signé Gérard Tardy. Aujourd’hui âgé de 88 ans, cet ancien entrepreneur dans le secteur des transports dirige la ville depuis 1989. Au fil de ses mandats – il entame donc le septième –, il s’est fait une spécialité : stigmatiser ses administré·es musulman·es.

Déjà sur ces mêmes panneaux lumineux, en 2016, l’élu avait fait écrire : « Le Ramadan doit se vivre sans bruit. » Et provoqué un véritable tollé, au point d’écoper d’un rappel à la loi de la part de la préfecture pour discrimination. Gérard Tardy avait alors dû retirer son message. Non sans se faire applaudir par les représentantes locales du Front national, ancêtre du Rassemblement national (RN). 

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Pour autant, l’édile l’affirme sans ciller : il est sans étiquette politique. Même s’il a parrainé Nicolas Dupont‐Aignan pour la présidentielle en 2017. Puis Éric Zemmour en 2022, celui « qui incarne le mieux la France [qu’il] veu[t] retrouver, afin que renaisse [la] culture judéo‐chrétienne » et qui « rétablira l’ordre et une justice efficace », justifiait-il alors.

Lors des élections européennes de 2024, il salue dans le bulletin municipal la victoire de Jordan Bardella. « Le vent démocratique a tourné. Je rappellerai que 96 départements sur 101 avaient placé la liste de Jordan Bardella en tête », écrivait‐il, avant d’ajouter : « N’ayant pas d’étiquette politique, je ne peux pas applaudir, mais je respecte le choix de cette large majorité d’électrices et d’électeurs. »

« Bienvenue dans la principauté de Lorette »

Sans étiquette, mais résolument tout à droite de l’échiquier politique, pendant près de quarante ans. Quatre décennies émaillées de coups d’éclat aux relents racistes et de condamnations et de dérives autoritaires.

Contacté à plusieurs reprises, le maire de Lorette n’a pas souhaité répondre à nos questions. Par mail, il s’est juste contenté de revendiquer son refus d’affiliation partisane : « Depuis le deuxième choc pétrolier [à la fin des années 1970 – ndlr], j’ai retiré toute ma confiance aux états‐majors de la politique partisane car ils tuent la démocratie. »

L’expression revient à plusieurs reprises dans la bouche de nos interlocuteurs : « Bienvenue dans la principauté de Lorette ! » Dans cette terre d’aciéries, le maire se joue des règles et des lois. Un an après l’affaire des panneaux, Gérard Tardy fait à nouveau parler de lui pour un arrêté discriminatoire : l’interdiction de l’accès au plan de baignade de sa commune à toutes les femmes qui portent un voile ou un burkini.

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À l’époque, les baigneurs et baigneuses ont la surprise de découvrir à l’entrée le symbole d’une personne avec un foulard barré. « Vous vous rendez compte ? C’est comme quand, aux États‐Unis, il y avait des panneaux “interdit aux personnes noires” », décrit, choqué, un habitant préférant rester anonyme. Plusieurs associations, dont la Ligue des droits humains (LDH) et la Maison des potes, portent plainte.

Le maire retire finalement son arrêté et est condamné à verser 2 100 euros à la partie civile… Avant de récidiver quelques jours plus tard. Un nouvel arrêté est voté par son conseil municipal pour, cette fois‐ci, interdire uniquement de se baigner aux femmes portant un burkini ou le voile.

Cette hostilité à l’encontre des personnes d’origine étrangère, ou perçues comme telles, transparaît dans les éditos de ses bulletins municipaux publiés chaque trimestre.

Exemple avec celui daté de décembre 2023, où Gérard Tardy présente ses vœux pour la nouvelle année : « Une des premières conséquences de cette situation [d’ensauvagement] est bien sûr cette immigration clandestine incontrôlée et voulue par nos gouvernants et par l’Europe. En second chef, ce désastre lié à l’immigration clandestine incontrôlée est accentué par la déplorable éducation donnée par certaines familles de culture musulmane à leur progéniture en leur inculquant que les........

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