Gel de la dette : "À force de vouloir révolutionner l’euro, Jean-Luc Mélenchon finit surtout par réinventer l’eau tiède"
Jean-Luc Mélenchon propose de geler la dette publique détenue par la Banque centrale européenne (BCE), voire de la transformer en dette perpétuelle à taux nul. L’idée est séduisante par sa simplicité : une partie de la dette cesse de peser, l’État retrouve des marges de manœuvre et la souveraineté budgétaire reprend ses droits.
Très bien. Prenons la proposition au sérieux. Mieux : accordons-lui tout. Admettons que le gel soit juridiquement rendu possible. Admettons que la BCE puisse le faire. Admettons que les autres États de la zone euro l’acceptent. Admettons même que l’on neutralise une partie substantielle des dettes publiques détenues par l’Eurosystème. Et après ? C’est précisément à cet endroit que le projet devient beaucoup moins bavard.
Une règle reste une règle
Car geler une partie de la dette ne fait disparaître ni la dette française, qui dépasse 3 500 milliards d’euros, ni surtout ce qui continue de la produire : les déficits. Le lendemain de la grande opération, la France vote de nouveau son budget. Si elle dépense davantage qu’elle ne prélève, il faut de nouveau financer la différence. Par les marchés ? Alors, revoilà les investisseurs, les taux d’intérêt, les primes de risque et la confiance des créanciers. Bref, une bonne partie de ce dont on prétendait s’affranchir. Par la création monétaire ? Pourquoi pas. Mais combien ?
Combien pour la France ? Combien pour l’Italie ? Combien pour l’Espagne ? Combien pour la Finlande ? Selon le PIB ? La population ? Le niveau d’endettement ? Les besoins d’investissement ? Le chômage ? Les dépenses sociales ? Et surtout : qui décide ? On peut évidemment imaginer un système dans lequel chaque État disposerait d’un droit au financement monétaire selon des critères prédéterminés. Très bien.
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Mais à peine la solution formulée, les mots que l’on voulait faire disparaître reviennent : critères, plafonds, procédures, contrôles, exceptions, arbitrages. On peut fixer 3 %, 5 %, 10 % ou n’importe quel autre chiffre. On peut remplacer les critères budgétaires actuels par des critères sociaux,........
