"Il n’est pas exclu que dans un avenir plus ou moins proche, la dissertation soit remise en cause"
« La science doit-elle être utile ? » ; « L’artiste sait-il ce qu’il fait ? » Il faut remercier les concepteurs de l’épreuve de philosophie du bac de ne pas avoir, encore, renoncé à l’emploi du point d’interrogation, d’oser poser aux candidats des questions pour lesquelles ceux-ci n’ont pas de réponse évidente sous la main.
Non pas que l’emploi du point d’interrogation ait disparu de l’usage de la génération qui a plongé dans le numérique à la naissance et dans l’IA à l’adolescence (ni ce celui des autres qui les ont découverts plus tard), bien au contraire. Mais le questionnement est toujours à sens unique : de l’individu vers la machine. « Comment dois-je m’habiller aujourd’hui ? », « Que prendre au petit déjeuner ? », « Quel médicament pour me soigner ? », « Comment rencontrer l’âme sœur ? » : la vie, dans ce qu’elle a de plus quotidien au plus essentiel, est rythmée par les interrogations posées à une entité absente et omnisciente. Comme Dieu (avec l’avantage substantiel que la machine répond toujours) ou comme le miroir magique de la reine dans Blanche-Neige (sauf que le miroir magique dit la vérité « tu n’es pas la plus belle », ce que se garde bien de faire l’IA).
Ce à quoi on renonce, volontairement, c’est à la prise de décision, à l’incertitude du choix auquel on pourrait avoir à faire face, bref à son libre arbitre – un vrai soulagement. Les élèves et les étudiants veulent bien qu’on leur pose une question, à condition qu’ils puissent demander la réponse à leur ange gardien numérique (c’est tout le problème de l’épreuve de philosophie du bac pour laquelle ils en sont privés). Les salariés n’agissent pas différemment quand ils confient à l’IA le problème qu’on leur a soumis et dont ils doivent présenter des résolutions possibles dans une réunion (l’IA proposant opportunément à la fois des solutions, leur formalisation et la communication à leur sujet), sans toujours songer que, ce faisant, ils jettent un doute sur leur utilité et donc la pertinence de leur emploi.
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