Pourquoi les marchés montent?!
EXPERT INVITÉ. À chaque nouveau record, la même question revient: la Bourse monte-t-elle parce que les investisseurs sont devenus trop optimistes, ou parce que les entreprises valent réellement davantage? Les marchés réagissent tous les jours aux taux, aux banques centrales, à Donald Trump, à l’Iran, au pétrole ou à l’intelligence artificielle.
Mais ces éléments ne sont souvent que le décor ; la véritable intrigue se joue dans les comptes des entreprises. Sur longue période, un indice progresse durablement lorsque ses bénéfices augmentent — ou lorsque le marché anticipe qu’ils vont augmenter demain. Cette étude revient donc à la source du mouvement boursier : les profits, les marges, les flux de trésorerie et le prix que les investisseurs acceptent de payer pour les obtenir.
Alors que Wall Street et l’Europe inscrivent de nouveaux records au cœur d’une saison de résultats exceptionnelle, il est temps de comprendre ce qui fait réellement monter les marchés. Synthèse et analyse.
Les marchés actions ne montent jamais pour une seule raison. À court terme, ils peuvent être guidés par la géopolitique, les flux de capitaux, les taux d’intérêt, le positionnement des investisseurs ou une simple rumeur de négociation autour du détroit d’Ormuz.
Mais sur longue période, deux forces déterminent l’essentiel de la valeur d’un indice : les bénéfices générés par les entreprises et le prix que les investisseurs acceptent de payer pour ces bénéfices.
La première partie de l’équation est fondamentale, la seconde relève de la valorisation. Les profits peuvent augmenter alors que la Bourse baisse si les taux remontent ou si les multiples se contractent; inversement, les indices peuvent progresser sans croissance bénéficiaire pendant un temps, si la liquidité devient abondante ou si l’optimisme s’emballe.
C’est pourquoi le graphique historique reliant le S&P 500 aux bénéfices reste très utile, à condition de ne pas le lire comme une formule magique. Il montre que prix et profits évoluent ensemble sur plusieurs décennies, mais il ne dit pas que chaque hausse quotidienne est causée par une publication trimestrielle.
La réalité est plus subtile: les bénéfices fixent le socle, tandis que les taux et la confiance déterminent la hauteur à laquelle le marché peut construire au-dessus de ce socle.
Aujourd’hui, ce socle est particulièrement solide aux États-Unis. À la dernière photographie détaillée de FactSet, 61 % des sociétés du S&P 500 avaient publié leurs chiffres du deuxième trimestre et 86 % avaient dépassé les attentes de bénéfice par action.
C’est très au-dessus des moyennes historiques, tandis que 77 % des groupes avaient également dépassé les prévisions de chiffre d’affaires.
Le message est donc clair : la hausse récente des indices ne repose pas uniquement sur l’espoir d’une détente au Moyen-Orient ou sur un reflux du pétrole. Elle repose aussi sur des entreprises qui, pour l’instant, font mieux que prévu.
Le marché suit-il vraiment les bénéfices ?
Oui, mais pas de manière linéaire et jamais au jour le jour.
Une action représente, en théorie, la somme actualisée des flux de trésorerie qu’une entreprise pourra générer dans le futur. Lorsqu’un investisseur achète une action, il n’achète donc pas le dernier trimestre ; il achète les bénéfices des prochaines années.
C’est précisément pour cette raison que les marchés peuvent monter pendant une récession, si les investisseurs estiment que le creux des profits est proche, ou baisser alors........
