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Usages et dérives de l’expertise

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26.07.2026

Transition énergétique, qui décide? Le peuple suisse a approuvé en 2017 la Stratégie énergétique 2050, qui interdit la construction de nouvelles centrales nucléaires. Pourtant depuis 2024, la Confédération fait tout pour revenir sur cette décision prise il y a moins de dix ans.

La prolongation de la durée de vie de la centrale nucléaire de Beznau est déjà actée. Pour aller encore plus loin, le contre-projet à l’initiative «Stop au blackout» vise à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales, sous prétexte de sécurité énergétique et d’un contexte changeant. Le rétropédalage sur la votation de 2017 nous met face à une question piège: le peuple a-t-il les qualifications pour prendre des décisions liées à la transition énergétique?

La technique comme solution

Le cas suisse est loin d’être le premier: sur l’énergie, le politique se cache volontiers derrière les expert·es. C’est ce qu’a illustré le débat à propos du rapport AR6 du GIEC (2022), traitant des options envisageables pour diminuer les émissions mondiales de dioxyde de carbone. Après sa parution, des voix se sont élevées, critiquant la préférence pour des solutions telles que le déploiement d’énergies renouvelables ou la capture de CO2, plutôt que la mise en avant d’une forme de décroissance.

Dans In tech we trust: A history of technophilia in the Intergovernmental Panel on Climate Change’s (IPCC) climate mitigation expertise (2025), Jean-Baptiste Fressoz explique notamment ces préférences par la structure du champ scientifique porté sur l’innovation, et par sa dépendance vis-à-vis du financement industriel. La stratégie climatique du Conseil fédéral mise d’ailleurs sur des «technologies d’émission négative» encore peu éprouvées et sur l’achat massif de compensations carbone à l’étranger, ce que les ONG climatiques dénoncent comme un moyen de différer la décarbonation domestique. Le GIEC lui-même ne tranche pas, expliquant seulement que 40 à 70% de réduction des émissions de CO2 seraient possibles en agissant sur la sobriété.

Que Fressoz et le GIEC penchent pour la sobriété ou pour les solutions technologiques, ils restent entre expert·es à se disputer la bonne réponse. Ce débat d’ingénieur·es ne pose pourtant pas la question principale: qui a le pouvoir de trancher? Dans Le Système technicien (1977), Jacques Ellul décrit le monde politique comme échappant à la démocratie en raison de la centralité des expert·es qui prémâchent l’ensemble du débat grâce à des dossiers qui conduiraient mécaniquement à des décisions «nécessaires». Ellul y voit le règne d’une technique devenue autonome. La technique sert d’excuse afin de retirer au........

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