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Les Kurdes et la guerre contre l’Iran: l’utilité militaire ne garantit jamais un statut

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06.03.2026

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Les attaques américano-israéliennes commencées le 28 février et l’assassinat d’Ali Khamenei n’ont pas seulement affaibli le régime iranien. Ils ont ouvert une crise qui frappe le centre même de la souveraineté. Pourtant, cette crise ne signifie pas un effondrement linéaire de l’Etat, comme le suggèrent certains commentaires occidentaux. Ce que l’on voit aujourd’hui ressemble plutôt à une forme de pouvoir dont le charisme théologico-politique a été gravement atteint, tandis que l’appareil institutionnel de violence reste debout. La montée en puissance des Gardiens de la révolution et la mise en place de mécanismes provisoires de direction montrent que la vraie question n’est plus de savoir si le régime va tomber, mais sous quelle forme l’Etat va se reconstituer.

L’erreur analytique consiste à confondre usure militaire et transformation politique. Une intervention extérieure peut désorganiser une chaîne de commandement, mais elle ne peut pas, à elle seule, produire un ordre légitime. En l’absence de mécanismes juridiques de transition, de représentation constituante et de base de légitimité interne, l’ouverture créée par la guerre risque surtout de déboucher sur une recentralisation sécuritaire. L’affaiblissement de l’autorité religieuse peut ainsi conduire à la formation d’un Etat plus nu, plus militaire et plus dur. C’est dans ce cadre qu’il faut lire la position des Kurdes. La mauvaise question, dominante dans une partie de la presse occidentale, est de savoir s’ils rejoindront ou non un front militaire contre l’Iran. Cette manière de poser le problème réduit les Kurdes à une variable régionale mobilisable par des puissances extérieures. La question décisive est ailleurs: comment les acteurs kurdes lisent-ils eux-mêmes cette crise de souveraineté et cherchent-ils à peser sur l’ordre d’après-guerre?

Le Temps publie des chroniques, rédigées par des membres de la rédaction ou des personnes extérieures, ainsi que des opinions et tribunes, proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Ces textes reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du média.


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