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Je suis un média à moi toute seule

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14.02.2026

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Pendant longtemps, les chaînes de télévision ont regardé YouTube avec un mélange de condescendance et d’amusement. Une plateforme de vidéos bricolées, un bac à sable pour amateurs, au mieux un sas transitoire avant le «vrai» métier. Vingt ans plus tard, ce sont les médias historiques qui font la file derrière la porte de celles et ceux qui ont réussi sur YouTube.

Le parcours de Charlie Danger est emblématique de ce renversement. Partie seule, face caméra, sans diplôme supérieur ni validation institutionnelle, elle dirige aujourd’hui un média à part entière, Les revues du monde: une chaîne qui génère des revenus suffisants pour faire vivre une équipe de production, s’appuie sur une rigueur documentaire délibérée, et s’offre même les services d’un agent pour sa propre communication.

Ce qui distingue Charlie Danger et toute une génération d’autoentrepreneurs du web, ce ne sont pas seulement les chiffres impressionnants qui mesurent leur audience (plus de 1 million d’abonnés dans son cas, alors que Le Temps en compte 59 000) mais le lien qu’elles et ils parviennent à nouer avec celle-ci. Une relation à la première personne, incarnée, libre de toute grille programmatique et autres rendez-vous imposés. Là où la chaîne de télévision, du haut de sa tour, parlait «à» un public docile, les youtubeurs et youtubeuses parlent «avec» lui un même langage, une même grammaire, en toute flexibilité. Pour les 18-35 ans, cette différence est décisive.

Face à ce public qui leur échappe à toute vitesse, les médias traditionnels ne savent que regretter le bon vieux temps. Les plus dégourdis finissent par recruter des créatrices et créateurs à succès, ou tentent de «youtubiser» leurs formats. Surtout, ils négocient désormais avec la plateforme dont ils riaient autrefois. Ce 21 janvier, la BBC annonçait un accord avec YouTube pour produire et diffuser des contenus natifs. Objectif: capter une audience de moins de 65 ans, et chercher de nouveaux revenus publicitaires. Un symbole fort quand on sait que le service public britannique a longtemps été le modèle de tous.

Faut-il en déduire que YouTube a eu raison des vieux médias? Ce serait sous-estimer la force d’inertie et le temps long de la destruction créatrice. Ce qui est certain, c’est que la définition même du mot «média» a changé. Ce n’est plus un canal, ni une fréquence, ni même une institution. C’est une capacité à fédérer une communauté, à produire du sens, et à durer économiquement. A ce jeu-là, les jeunes professionnelles de la branche comme Charlie Danger ont déjà une bonne longueur d’avance.

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