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L’intelligence artificielle comme accélérateur du décrochage européen

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10.03.2026

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Depuis quelques mois, je suis régulièrement confronté à l’impression d’assister en direct à une augmentation étonnante de ma productivité. Avec l’arrivée des différents outils d’intelligence artificielle (IA). Que ce soit par leur capacité à résumer de façon précise des contenus ou la possibilité d’échanger avec eux pour être sûr d’avoir bien compris un document et les liens avec d’autres, des outils comme ChatGPT ou Claude ont d’ores et déjà changé ma vie. Or, ce sentiment bien réel ne se traduit pas encore précisément dans les chiffres de la productivité à l’échelle des nations.

Ce paradoxe n’est pas nouveau, mais le fossé est particulièrement saisissant dans le cas présent. Déjà en 2017, le Prix Nobel d’économie Philippe Aghion et quelques collègues se demandaient si l’IA allait avoir un impact significatif sur la productivité. Pour eux, l’intelligence artificielle représente la dernière étape d’un long processus d’automatisation, amorcé il y a plus de deux siècles, avec des étapes comme l’électricité, le moteur à combustion et les semi-conducteurs. Leur thèse était que l’IA allait désormais automatiser des tâches encore récemment considérées comme impossibles, comme la conduite ou certaines décisions médicales. Ce qui allait profondément changer les économies et la croissance de ces dernières. Leur enthousiasme n’est pas partagé par tous. Autre récent Nobel d’économie, Daron Acemoglu pense, lui, que même si l’IA est utile, son effet agrégé restera limité. Car toutes les tâches ne sont pas automatisables, et que celles qui le sont n’ont pas forcément un immense impact sur la productivité. Au fond, pour les deux grands économistes, la question primordiale n’est pas tant de savoir si l’IA va automatiser du travail dans certaines branches, ce qui est une certitude, mais à quel point les autres secteurs moins faciles à automatiser vont le rester et parvenir à freiner le mouvement. Ce qui diluerait la hausse de productivité à l’échelle nationale ou mondiale.

Le Temps publie des chroniques, rédigées par des membres de la rédaction ou des personnes extérieures, ainsi que des opinions et tribunes, proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Ces textes reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du média.


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