Yves Rossier: «Le fonctionnement de l’UE est étonnamment très semblable à celui de la Suisse»
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Elle nous porte autant qu’elle nous tourmente. Depuis les années 1990, la construction européenne ne cesse de bousculer les liens qu’entretient la Suisse avec ses voisins, quand elle n’interroge pas directement son identité. Cinq personnalités qui travaillent autour de la chose européenne dévoilent la place qu'elle tient dans leur vie
En 1985, il était le seul étudiant à avoir demandé une bourse au DFAE pour aller au Collège d’Europe de Bruges, qu’il obtint donc; et ce fut le seul Suisse de sa volée. C’est à Bruges qu’il s’est découvert Suisse, reconnaît-il avec franchise: «Mon attachement à la Suisse et mes convictions européennes ont toujours été parallèles; les deux se nourrissent.» C’est à Bruges d’ailleurs que le futur secrétaire d’Etat rencontra sa future épouse. L’appétit d’Yves Rossier pour la construction européenne s’est ouvert avec les conférences du professeur Henri Rieben, proche de Jean Monnet, que l’étudiant de Fribourg allait écouter à l’Université de Lausanne; il s’est renforcé avec son intérêt pour l’Allemagne – il a passé un an à Berlin-Ouest pendant les années de plomb, une expérience forcément marquante. Le diplomate est surtout le grand instigateur de l’accord institutionnel entre la Confédération et l’UE, mort-né après la décision du Conseil fédéral d’interrompre unilatéralement les négociations en mai 2021 – il ne s’étendra pas sur cet échec. Rencontré en Bourgogne dans sa maison de vacances, entre deux visites familiales (et deux cigarettes), il revient sur la place de l’Europe, celle de l’UE et l’autre, la continentale, dans sa vie, et dans la vie des Suisses.
La question européenne vous accompagne depuis vos années belges. Comment avez-vous vécu son arrivée dans la politique suisse?
Avant le vote sur l’Espace économique européen de 1992, on parlait peu de l’Europe, ni en bien ni en mal – je ne m’en rendais pas compte à l’époque. Ensuite, c’est devenu un thème de........
