La redistribution n’élimine pas la pauvreté
Les rapports dénonçant l’envolée des inégalités se multiplient. Les milliardaires sont accusés d’accaparer une part toujours plus importante des richesses, tandis que de multiples organisations internationales, de nombreux économistes et plusieurs partis politiques appellent à taxer davantage les plus fortunés. Dans cette perspective, la justice sociale passerait avant tout par une redistribution plus ambitieuse des patrimoines et des revenus. Si les écarts de richesse se creusent, il suffirait, en somme, de prélever davantage chez les plus riches pour améliorer le sort des plus pauvres.
Mais pourquoi partir du principe que c’est en redistribuant les richesses que l’on réduit le plus efficacement la pauvreté ? En concentrant toute leur attention sur le partage des richesses existantes, les partisans de la redistribution n’oublient-ils pas la question de leur création ? À les suivre, le risque serait alors d’aboutir à une société plus égalitaire, certes, mais moins prospère. Or, si l’objectif est d’améliorer durablement le sort des plus défavorisés, la première question n’est pas de savoir comment partager le gâteau, mais comment le faire grandir. C’est là que se trouverait la véritable clé du recul historique de la pauvreté.
Retour sur l’histoire
Pour savoir comment sortir les populations de la pauvreté, le plus simple est encore d’observer comment celles qui y sont parvenues s’y sont prises. Pendant des millénaires, l’immense majorité des êtres humains a vécu dans un dénuement extrême. Ce n’est qu’à partir de la révolution industrielle que certaines économies ont commencé à connaître une hausse durable de leur production, entraînant avec elle une amélioration spectaculaire des conditions de vie. L’histoire économique offre ainsi un immense laboratoire naturel pour comprendre ce qui permet réellement de faire reculer la pauvreté.
Le constat est alors sans appel. Partout où l’économie a connu une croissance soutenue, la pauvreté a fini par reculer. C’est ce qui s’est produit en Europe occidentale, puis en Amérique du Nord, au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan et, plus récemment, en Chine, en Inde, au Vietnam ou encore au Bangladesh. En l’espace de quelques décennies, des centaines de millions de personnes ont accédé à une alimentation suffisante, à l’eau potable, à l’électricité, aux soins ou à l’éducation. À l’inverse, les pays dont l’économie est restée durablement stagnante sont aussi ceux où la........
