Macron, Le Maire, Bruel… La disgrâce vue par un politologue
La disgrâce politique ne se limite pas à nos souvenirs d’écolier. Au-delà du surintendant Fouquet, arrêté en 1661 sur ordre de Louis XIV après avoir donné une réception fastueuse dans son château de Vaux-le-Vicomte, ce discrédit foudroyant continue de rythmer notre vie publique. Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie et des Finances (2017-2024) devenu dans l’opinion l’homme aux 1 000 milliards de dette, en sait quelque chose.
Dans La disgrâce politique (CNRS Éditions)*, un livre dense, le politologue Michel Hastings, professeur émérite à Sciences Po Lille, analyse ces chutes aux formes et aux effets divers – traversées du désert, exils forcés… –, qui plongent leur victime dans la mélancolie. Pour Le Point, le politologue revient, à cette occasion, sur quelques cas actuels : Emmanuel Macron, Patrick Bruel ou encore Kylian Mbappé… Entretien.
Le Point : Qu’est-ce qu’une disgrâce politique ?
Michel Hastings : C’est l’acte par lequel une autorité souveraine et légitime – prince, État, peuple, opinion – rompt le lien de faveur et de considération qu’elle avait préalablement accordé à un individu devenu son protégé, son favori, sa créature. C’est aussi l’état de déchéance sociale, morale et symbolique qu’éprouve ce dernier à la suite du retrait des privilèges et des bienfaits dont il ou elle bénéficiait. La disgrâce désigne donc à la fois une opération et une situation, un attribut du pouvoir et la situation d’une victime.
De la cour de Louis XIV à nos jours, politique et disgrâce sont-elles indissociables ?
Oui. Dès lors qu’une société est politique, c’est-à-dire qu’un pouvoir s’y exerce, la disgrâce est toujours possible. Celle-ci est en effet un acte de pouvoir, qui relève de l’exercice d’une domination politique. On peut la retrouver partout, même chez les Indiens d’Amazonie. Mais si la disgrâce est universelle, elle prend des formes extrêmement diverses en fonction du lieu, de l’époque et du contexte dans lequel elle se produit.
Toute disgrâce politique est selon vous un révélateur. De quoi ?
La disgrâce fascine parce qu’elle représente une parabole, un double scandale. D’un côté, elle révèle la précarité et la vulnérabilité de la condition humaine, soumise à un destin changeant ; de l’autre, elle témoigne du caractère absolu du pouvoir, capable de briser le destin des individus. Chaque disgrâce a beau être singulière, elle s’arrime à des mythes et des imaginaires très anciens, comme celui........
