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Eva Illouz : « Nos émotions et notre subjectivité sont devenues des marchandises »

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21.06.2026

Sur les réseaux sociaux, il n’y a pas toujours eu de bouton « Like ». Même Facebook, à ses débuts, n’incluait pas le célèbre pouce bleu. Une petite vingtaine d’années plus tard, il est partout : YouTube, X, Instagram, LinkedIn… et même l’application de course à pied Strava. Pour Eva Illouz, ce n’est pas un hasard, c’est même la preuve de l’importance de l’émotion sur le Net.

Plus encore, « le techno-capitalisme ne peut pas fonctionner sans elle ». C’est en tout cas ce que la sociologue des émotions développe dans son dernier ouvrage, Le futur des émotions. Comment la technologie et le capitalisme exploitent notre subjectivité (Gallimard, mai 2026).

Le Point : On pourrait penser que l’ère du numérique, de la robotique et de l’IA éloigne l’humain de ses émotions. Dans votre nouvel ouvrage, vous soutenez plutôt le contraire…

Eva Illouz : Je crois effectivement qu’on assiste plutôt à une « émotionnalisation » de la technologie. La subjectivité elle-même est non seulement mobilisée par nos écrans, mais elle en est une sorte de matière première. Ceci fait partie d’un processus historique qui a marchandisé les émotions et qui a commencé par attribuer aux marchandises des symboles et une valeur affective, et plus tard, en vendant des expériences émotionnelles elles-mêmes.

C’est la promesse des manuels de développement personnel, censés nous rendre plus positifs, ou des sites touristiques qui nous proposent une expérience sensorielle et émotionnelle. Ici, la marchandise génère des émotions factices mais réelles chez le consommateur.

Enfin, le capitalisme exploite directement nos émotions sur les réseaux sociaux via un langage émotionnel où nous faisons circuler des contenus à forte valeur affective. C’est un labeur affectif. Nous produisons du travail gratuit pour des industries. Ce qui circule aujourd’hui sur Internet, c’est essentiellement de l’affect. En clair, nos émotions et notre subjectivité sont devenues des marchandises, une matière première qui est transformée.

La viralité n’est donc qu’une énergie émotionnelle dont on espère qu’elle sera contagieuse.

La viralité n’est donc qu’une énergie émotionnelle dont on espère qu’elle sera contagieuse.

À quel........

© Le Point