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Margaux Cassan : « L’une des vertus de la religion est de donner du sens au corps »

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31.08.2026

C’est l’une des petites pépites de la rentrée littéraire. À 28 ans, après des études de lettres et de philosophie ainsi qu’une expérience de « plume » ministérielle, Margaux Cassan, qui avait publié Vivre nu, livre un récit (d) étonnant, Stigmates (Grasset), sur son cheminement intérieur. Chrétienne protestante, elle explore sa foi chrétienne en corps et en esprit, entrecoupant ses confessions de portraits de saints et de saintes. Un opus à la fois saisissant et troublant, qui nous a poussés à vouloir en savoir plus sur son autrice.

Vous racontez votre chemin spirituel en partant du corps. Pourquoi ce choix ?

Margaux Cassan : Quand on parle du religieux, on a tendance à utiliser le terme « spirituel ». Pourquoi ? Pour moi, penser au religieux renvoie à des expériences physiques, notamment lors de la crise mystique que j’ai vécue à l’âge de 17 ans. En lisant les récits de mystiques, on réalise que l’intensité qu’ils cherchent dans la foi est d’abord une expérience incarnée. Quand Dieu entre dans la vie de quelqu’un – au-delà de la simple éducation religieuse –, il passe toujours par le corps, par une expérience charnelle. Il existe en philosophie, depuis le XIXe siècle, la théorie du « Dieu bouche-trou », selon laquelle Dieu apparaît dans les sociétés humaines dès qu’intervient une faille dans la vérité scientifique : ce que la science ne peut combler, la foi le remplit. Je ne suis pas d’accord avec cette théorie, mais le lien entre la foi et le manque me paraît très juste. La croyance répond souvent à un vide, à une béance. La figure christique s’insère à cet endroit précis. Cela signifie qu’il faut cesser de se sur-occuper avec des micro-activités qui comblent faussement ce vide, pour laisser suffisamment de place à la croyance. Nos sociétés contemporaines ont peur du vide, du trou, du silence.

Pour en revenir au corps, comment observez-vous les rapports entre le corps et le religieux aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le rapport politique du religieux au corps reste assez conservateur, dans la continuité d’une tradition dualiste séparant le corps et l’esprit. Cela encourage à penser que l’esprit détient la pureté, tandis que le corps abriterait les passions tristes, la honte ou le sordide qu’il faudrait dépasser. Mais il y a une ambivalence. Étant protestante, je me sens plus proche d’une tradition moniste (luthéro-réformée) : dès lors que Dieu s’est fait corps dans la personne du Christ, il y a une forme de sacralité du corps. Tout dépend si l’on appréhende le religieux sur un plan politique et juridique, ce qui conduit à un discours conservateur, ou sur un plan littéraire, par la lecture des Écritures. Dans celles-ci, comme l’a montré Paul Ricœur (j’ai commencé une thèse sur lui), il y a une telle multiplicité de tons – lyriques, politiques, juridiques,........

© Le Point