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Jean-Marc Rochette : « Mes églises, ce sont les forêts »

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12.04.2026

L’adaptation de sa bande dessinée Le Transperceneige (sur un scénario de Jacques Lob) par le réalisateur coréen Bong Joon-ho en a fait une star. Depuis, il enchaîne les succès – Ailefroide, altitude 3954, Le Loup, La Dernière Reine… Celui qui s’est consacré à la BD après un grave accident, qui l’a empêché de devenir guide de haute montagne, essaime désormais dans la peinture, la sculpture et la littérature, à partir de son refuge alpin, le massif des Écrins, sa source.

C’est là qu’il situe son nouveau livre, Le Festin de pierres, roman confectionné avec soin par la petite maison fondée par son épouse, les éditions Les Étages, du nom du hameau où vit le couple. De passage à Paris, Jean-Marc Rochette a accepté qu’on le questionne sur la spiritualité, dans le brouhaha d’une brasserie de Saint-Germain-des-Prés. Et au fil de la conversation, son visage rugueux s’est éclairé…

Le Point : Vous considérez-vous comme plus sage que vos contemporains ?

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Jean-Marc Rochette : C’est un peu prétentieux, mais je dirais plutôt oui. D’abord, parce que je commence à avoir un âge – 70 ans – où je suis statistiquement plus sage que la moyenne. Mais surtout, ce qui m’a rendu sage, c’est de cultiver un jardin de montagne. Un potager, en fait. C’est une activité qui conduit au calme, à la relativisation : on apprend à laisser aux choses le temps de pousser.

Qu’est-ce que vous cultivez dans ce potager ?

Je plante de quoi vivre : des pommes de terre, des poireaux, des choux… Tout ce qui peut tenir à 1 600 mètres d’altitude. J’ai une serre pour quelques tomates, mais globalement, l’été, on mange ce que le potager produit.

Cultiver ce potager rend-il plus sage ?

Parce qu’un potager ne va pas plus vite que la musique. Vous pouvez être très excité, si vous plantez des pommes de terre, elles ne pousseront pas plus vite. Cela ralentit le temps. Et puis cela cultive aussi cette forme d’admiration devant la nature. On a l’impression de vivre le « miracle de Déméter » [la déesse de l’agriculture et des moissons dans la mythologie grecque, NDLR] : à partir d’une graine, on se retrouve avec des légumes sans y être pour grand-chose, à part les avoir arrosés.

Vivre ainsi au milieu de la nature, cela vous a-t-il donné une forme de spiritualité ?

La montagne amène naturellement à la spiritualité. Quand on est seul à 4 000 mètres, il se passe quelque chose. Pour aller droit au but, j’ai l’impression que l’esprit est plus fort que la matière. C’est un peu comme l’histoire de la poule et de l’œuf : on nous rebat les oreilles avec la matière, mais c’est l’esprit qui mène la danse.

La nature est l’émanation de l’esprit. C’est, pour moi, une forme de foi du charbonnier.

La nature est l’émanation de l’esprit. C’est, pour moi, une forme de foi du charbonnier.

Comment le ressentez-vous concrètement ?

Quand je marche seul en montagne, je n’ai vraiment pas l’impression d’être le seul à penser. J’ai le........

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