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Jean Garrigues : « Plus on se rapproche du pouvoir, plus on est amené à trahir »

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tuesday

L’historien Jean Garrigues a coordonné l’ouvrage La République des traîtres. De 1958 à nos jours (Tallandier, 2020). À l’occasion de notre série sur les grandes trahisons politiques, il souligne à quel point la frontière entre déloyauté et émancipation est fine.

Le Point : Qu’est-ce qu’une trahison en politique ?

Jean Garrigues : En général, ce qu’on appelle trahison, c’est une manière de renier celui ou celle qui a fait votre carrière. Par exemple, quand Giscard a nommé Jacques Chirac Premier ministre et que Chirac, quelques années plus tard, l’a trahi au moment de l’élection de 1981, en appelant à voter pour François Mitterrand. Mais le problème, c’est que, dans ces phénomènes de trahison, il y a tout simplement des différences de choix. Si on prend l’exemple de Jacques Chirac, nommé Premier ministre par Valéry Giscard d’Estaing, le chef d’un parti, le RPR, qui avait une identité politique différente de celle de VGE, qui représentait une droite libérale.

Il y aurait également le cas de ce qu’on a considéré comme une trahison de Marine Le Pen vis-à-vis de son père, Jean-Marie. A priori, on est dans le cadre d’une trahison spectaculaire, puisqu’elle trahit le père. Elle prend sa place à la tête du parti. Sauf qu’en réalité, ses idées, par exemple en matière sociale, sont beaucoup plus interventionnistes, que celles de Jean-Marie Le Pen. C’est là qu’il faut manier les mots avec précaution et se dire que, très souvent, derrière la trahison, il y a un choix politique différent.

Gabriel Attal, qui a dû quitter Matignon après la dissolution de 2024 décidée par Emmanuel Macron, s’est ensuite montré très critique à l’égard du président. Cela en fait-il un traître ?

Dans le cas de la dissolution, c’est d’abord Macron qui trahit Attal. Certes, c’est lui qui a nommé ce dernier Premier ministre, mais c’est aussi lui qui, par cette dissolution provoque sa démission. Cette dissolution, il la décide sans le consulter, ou plutôt sans tenir compte de son avis.

On a beaucoup........

© Le Point