Dix ans de prison si vous écrivez « autrement » sur l’histoire algérienne
«Qu’est-ce que, pour vous, la littérature ? » La question est posée cette fois-ci à l’auteur dans la petite ville suédoise d’Älvkarleby, où lui est remis le prix Stig-Dagerman. C’est une interrogation à laquelle les écrivains sacrifient quelquefois une vie, d’autres fois quelques minutes. On n’y apporte jamais une réponse définitive. Par exemple, il y a deux manières de raconter l’histoire de la colonisation en Algérie. La première consiste à citer les chiffres, les dates, le nombre de morts, les harkis, le FLN, le 5 juillet 1962 entre fêtes et chasses à l’homme. Cela, on l’appelle l’Histoire en règle générale : une science, peut-être en tout cas, la science des vainqueurs.
Voici l’autre façon. Il y a quelques années, près d’Oran, j’écoutais le récit d’un vétéran de la décolonisation ; un vieux monsieur encore gai, à la parole rapide et aux sens exacerbés par l’enthousiasme. Comme beaucoup de vétérans, face à un écrivain, il rêvait d’un livre à son nom, dernière bataille contre l’oubli.
À l’été 1959, près d’Oran, il s’était caché dans le double........
