Johann Chapoutot, l’historien préféré des Insoumis
Johann Chapoutot parle bien. L’élocution est fluide et les formules claquent, faisant de lui un « bon client ». Blast l’a bien compris : depuis le début de l’année, le média de gauche lui a offert une tribune de choix, une série d’entretiens qui cumule près de 1,4 million de vues sur YouTube, inondant quotidiennement le mur numérique des militants Insoumis.
Et Gallimard vient d’annoncer qu’il préfacera la nouvelle édition de L’Étrange Défaite de Marc Bloch. Une consécration. Le grand spécialiste du nazisme est ainsi devenu l’oracle incontournable de la gauche radicale, convoqué partout pour démontrer, « preuves historiques » à l’appui, que nous vivons une période similaire aux années 1930. Pourtant, un coup de fil à plusieurs de ses collègues suffit à doucher l’enthousiasme. Le professeur de la Sorbonne ne fait pas l’unanimité dans le monde académique. C’est un euphémisme.
Peu importe les (nombreuses) critiques. De livre en livre, Chapoutot devient la caution scientifique de LFI, L’Humanité et Blast. Dans son dernier ouvrage, Les Irresponsables (Gallimard, 2025), il soutient que la bourgeoisie libérale a livré le pouvoir à Hitler par peur du bolchevisme — thèse recevable, mais nullement inédite. Et l’historien n’a pu s’empêcher d’y ajouter un épilogue établissant un parallèle entre les nazis d’alors et la France d’aujourd’hui. Les macronistes seraient en train de suivre le chemin de von Papen, le chancelier qui a mis Hitler au pouvoir.
De là à dire que l’histoire se répète ? Non. Sous sa prose, il déploie les contorsions intellectuelles. Mais un décalage saute aux yeux du lecteur : il existe deux Johann Chapoutot. Il y a d’une part l’historien des livres qui refuse les comparaisons faciles. Et d’autre part celui qui, devant les journalistes, semble perdre sa pudeur d’universitaire au profit du militantisme.
Ainsi le même homme qui écrit : « Hugenberg n’est pas Bolloré et Papen n’est pas Macron » dans son dernier livre lâche, en 2024, à l’université d’été des Insoumis : « Dans les années 1920 […] il y a Bolloré en Allemagne. Il s’appelle Alfred Hugenberg », puis : « Papen, c’est un peu le Macron de l’époque »… Il martèle que l’expérience libérale et centriste nous conduirait tout droit au pire. Et il ajoute : « On voit bien cette espèce de danse du ventre réciproque entre le RN et la........
