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Éric Duhaime, autonomiste et sérieux

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17.04.2026

Je ne savais pas à quoi m’attendre de ce livre. Éric Duhaime s’était tenu, pendant une longue période, loin des questions d’affirmation nationale et d’identité. J’avais cependant remarqué depuis quelques semaines qu’il s’autoqualifiait de porteur de la troisième voie.

• À lire aussi : Approche autonomiste: Éric Duhaime peut-il réussir là où François Legault a échoué?

J’ai lu le livre Destination autonomie signé de la main du chef conservateur québécois. Du solide. Dans un premier temps, il va mettre un couvercle sur la critique voulant qu’il présente des politiques concoctées sur un coin de table. Il a effectué un exercice fouillé et rigoureux pour élaborer une politique autonomiste pour le Québec dans le contexte canadien.

La démarche s’appuie sur nombre de références historiques pertinentes, on y retrouve les rappels des succès et des échecs de notre histoire de négociations avec le Canada. Éric Duhaime y fait aussi une analyse éclairante des causes et circonstances qui ont conduit aux succès et aux échecs.

Il reprend plusieurs thèmes connus dans la présentation des revendications québécoises. Mais il fait preuve d’ingéniosité avec des ajouts valables. Pour combattre les empiètements du fédéral, il propose une « Forteresse contre les intrusions ». En pratique, il s’agit d’un mécanisme de dénonciation et d’évaluation plus formel pour démontrer le côté toxique (son mot) du fédéralisme lorsqu’il est centralisateur.

Il insiste sur l’opportunité de négocier au besoin autant d’ententes à la pièce que nécessaire plutôt que d’essayer de conclure une grande entente constitutionnelle. Il appuie aussi l’adoption d’une constitution du Québec.

Geste plus radical, il suggère une loi René-Lévesque, c’est-à-dire de refaire ce que celui-ci avait fait en 1982. Pour protester contre la Constitution imposée, Lévesque avait recouru à la clause dérogatoire pour soustraire toutes les lois du Québec à la Charte canadienne des droits et libertés.

Quelques gestes symboliques aussi étonnent venant de la plume d’Éric Duhaime. Il souhaite voir le Québec se doter d’un hymne national. Il revendiquerait des équipes Québec lors des grandes compétitions sportives entre nations.

La recherche d’autonomie du Québec, telle que vue par Éric Duhaime, s’inscrit dans une stratégie ancrée dans la réalité canadienne. Il analyse minutieusement les volontés autonomistes d’autres provinces comme l’Alberta. Il dit vouloir travailler avec chaque province qui partage une ambition ou une frustration avec le Québec.

Sa vision est cependant un peu angélique. Il cite les mouvements autonomistes dans l’Atlantique il y a 100 ans. Intéressant, mais les provinces maritimes aujourd’hui sont prêtes à manger dans la main d’un gouvernement centralisateur.

Il s’agit d’un virage majeur. Consciemment, Éric Duhaime tourne le dos à une petite tranche de sa clientèle pro-Trump et antinationaliste. Ses partisans qui se moquent de la défense du français et de toute forme d’affirmation nationale vont tomber des nues.

De l’autre côté cependant, la pression mise sur Christine Fréchette et la CAQ sera énorme. Plusieurs nationalistes de la CAQ pleureront en se demandant comment il se fait que ce livre n’ait pas été écrit dans les officines de leur parti.


© Le Journal de Québec