Nos politiciens, ces marchands d’illusions
Éric Duhaime, un redoutable caméléon politique, s’ajoute maintenant à la longue liste de politiciens convertis à la « troisième voie », dite autonomiste.
Avec le départ de François Legault et la très probable défaite de sa Coalition Avenir Québec aux prochaines élections, le chef du Parti conservateur du Québec se proclame le nouveau porteur du ballon autonomiste.
Même s’il ne sera jamais premier ministre, dans l’espoir de grappiller dans ce qu’il reste d’électeurs caquistes, Éric Duhaime promet de combattre le fédéral en cour dès qu’il s’ingère dans les compétences provinciales.
Il veut aussi forger des alliances avec les conservateurs « autonomistes » de l’Alberta et de la Saskatchewan. Etc. Pour s’en justifier, il brandit un sondage Pallas Data réalisé pour son parti.
Selon ce sondage, 43 % des répondants rêveraient d’une plus grande autonomie pour le Québec comme province. Seulement 20 % embrasseraient le statu quo et 16 % à peine choisiraient l’indépendance.
Ce grand fantasme d’un Québec autonome sans avoir à quitter le Canada ne date pourtant pas d’hier. Maurice Duplessis, le « cheuf » autoritaire de la Belle Province, en avait fait sa marque de commerce.
Yvon Deschamps avait merveilleusement résumé ce rêve politique qui perdure avec sa formule légendaire : « Un Québec indépendant dans un Canada fort ». Bref, comme dit la chanson, « tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir ».
Se buter à la réalité
Si l’ex-péquiste François Legault, cofondateur de la CAQ, s’est converti à son tour à la mythique troisième voie, c’est aussi qu’il constatait deux choses.
De une, les appuis à l’option souverainiste stagnaient autour des 35 % depuis la quasi-victoire du Oui au référendum de 1995. De deux, le Parti libéral du Québec ne revendiquait plus quoi que ce soit du fédéral.
D’où le retour à la troisième voie à la CAQ. Le vrai problème est qu’au-delà d’en faire un slogan, la CAQ s’est butée à la réalité d’une dynamique politique qui, au Canada, y est devenue hostile.
De fait, l’échec retentissant de l’Accord constitutionnel du lac Meech en 1990, pourtant minimaliste envers le Québec, a confirmé que toute tentative sérieuse d’élargir ses pouvoirs au sein de la fédération canadienne est condamnée à être rejetée par le reste du pays. Depuis, le Canada est rendu ailleurs.
Ce qui ne veut pas dire pour autant que le Québec ne peut pas faire quelques gains politiques ici et là.
L’échec de Meech, par contre, confirme que l’espoir séculaire d’établir un Québec autonome à l’intérieur du Canada est voué à finir en eau de boudin.
Convaincu que même le statu quo vaut mieux pour le Québec, si le PLQ n’ose plus rejouer dans le film d’horreur des grandes manœuvres fédérales-provinciales, c’est qu’il l’a bel et bien compris.
Or, malgré le réalisme obligé du PLQ et la tentative du PQ de réactiver son projet souverainiste, le mirage autonomiste, parce qu’il fait rêver à l’impossible, est tenace.
S’il tient le coup, c’est aussi parce que la classe politique québécoise continue de produire des marchands d’illusions prêts à conforter le rêve autonomiste de nombreux Québécois au lieu de prendre acte du réel.
Que de temps et d’énergie sont encore perdus à chasser le miroir aux alouettes d’un Québec indépendant dans un Canada fort et uni...
