La confiance de Carney envers Radio-Canada!
Vendredi dernier à Tout un matin, Patrick Masbourian a remercié le premier ministre « pour sa confiance »!
Cette entrée en matière a fait tiquer Mario Dumont, qui en a fait état lundi matin, durant son émission à QUB Radio. En entendant l’animateur accueillir Mark Carney de cette façon, j’ai également sursauté.
Il n’y a pas si longtemps, le premier ministre du Canada, comme ses ministres, se faisait une règle de ne pas favoriser Radio-Canada au détriment de TVA ou de la radio privée. Ce n’est plus le cas si j’en juge par le nombre de ministres fédéraux qui défilent chez le diffuseur. Ils sont assurés de ne pas être trop bousculés.
Il fut un temps où CBC/Radio-Canada jouait presque le rôle d’opposition. C’est ce que lui reprochaient Pierre-Elliott Trudeau, Jean Chrétien, Stephen Harper et Brian Mulroney. Animateurs et journalistes du diffuseur public se sont-ils adoucis au point que les élus puissent leur « faire confiance »?
Qu’est-ce qui a changé ?
Serait-ce la conséquence des menaces répétées de Pierre Poilievre de supprimer le financement de la CBC qui les aurait rendus timorés ? Ou serait-ce la grande générosité des gouvernements libéraux à l’endroit de CBC/Radio-Canada qui leur aurait limé les canines ? On ne mord pas la main qui nous nourrit...
Quoi qu’il en soit, la relation de CBC/Radio-Canada avec le gouvernement restera suspecte tant qu’en dépendront son financement et son administration. Malgré les recommandations du rapport Yale, malgré celles presque identiques du groupe de travail constitué par l’ex-ministre du Patrimoine Pascale St-Onge, le diffuseur public est encore littéralement inféodé au gouvernement fédéral.
Son financement en dépend presque entièrement. Le premier ministre en conseil nomme aussi tous les administrateurs et leur président ainsi que le ou la PDG. Ces deux derniers sont inamovibles pour toute la durée de leur mandat. On ne peut les « dégommer » sous aucun prétexte.
Un espoir s’est évanoui
Il est difficile d’imaginer une direction plus bancale, mais le dernier espoir qu’elle soit modifiée s’est évanoui avec le départ de Pascale St-Onge. Rarement un ministre responsable aura-t-il été plus discret que Marc Miller...
Malgré le financement de France Télévision par une portion de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) et celui de la BBC par le versement d’une redevance par chaque foyer ou entreprise qui regarde ou enregistre des émissions, les membres des partis d’opposition de France et d’Angleterre accusent souvent de partisanerie leurs réseaux publics.
En France, le 8 avril dernier, une commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité, le financement et le fonctionnement de l’audiovisuel public » a terminé ses audiences et remettra bientôt son rapport. Plusieurs parlementaires avaient mis en cause le manque de pluralisme de France Télévision, soupçonnant aussi le réseau public de conflits d’intérêts et de mauvaise gestion.
Je me demande ce que découvriraient Mark Carney et ses ministres s’ils faisaient moins confiance à Radio-Canada !
