Un Québec laïc n’a pas à renier son passé
C’est une question récurrente au Québec : que faire de notre passé catholique ? Elle revient en boucle dans l’actualité.
Dès lors qu’on veut le défendre, ou même le célébrer, on se fait accuser de piétiner notre nouvelle laïcité, ou du moins de nous enfermer dans la « catho-laïcité ». Personnellement, ce vocable ne m’a jamais dérangé.
Il faut savoir réconcilier notre héritage catholique avec l’héritage de la Révolution tranquille.
Encore faut-il pour cela ne pas réduire le premier à sa caricature, comme nous en avons trop souvent la tentation.
Un petit détour historique nous éclairera peut-être.
L’Église catholique, dans notre histoire, ne s’est pas constituée à la manière d’un corps étranger.
Aux temps héroïques de la Nouvelle-France, elle a contribué à la formation identitaire du pays. Elle lui a même donné un souffle messianique.
Après la Conquête anglaise, elle a aussi gagné un rôle politique. Certes, sa direction a trop souvent collaboré avec le pouvoir anglais. Mais elle a aussi structuré notre peuple, elle lui a permis de résister culturellement à ceux qui voulaient le faire disparaître. Le bas clergé était très nationaliste, d’ailleurs.
De ce point de vue, l’Église a joué un rôle semblable chez nous à celui qu’elle a joué chez deux autres peuples catholiques dominés, les Polonais et les Irlandais.
Évidemment, avec le temps, elle a pris trop de pouvoir. Au début des années 1960, avec raison, les Québécois ont voulu s’arracher à son emprise, au cléricalisme. Ils ne voulaient plus voir les curés dans leurs cuisines, encore moins dans leurs chambres à coucher.
Mais comme le dit la formule, nous avons alors jeté le bébé avec l’eau du bain. Dès lors, nous avons oublié que l’être humain a des besoins spirituels vitaux et que le catholicisme, entendu à la manière d’une grande tradition religieuse, y répondait.
De la naissance à la mort, en passant par les grandes étapes de l’existence, l’être humain a besoin de moments sacrés.
Dès lors que nous avons effacé ses dernières traces, nous nous sommes retrouvés devant un grand vide nihiliste, qu’on ne parviendra pas à combler avec je ne sais quels cristaux ou je ne sais quelle cérémonie cosmique pour se connecter avec la terre et les énergies célestes. Notre société souffre de cette carence spirituelle.
Mais prenons la chose simplement d’un point de vue culturel.
Un peuple qui se déracine, renie son passé, cherche à en effacer les traces, est un peuple qui se mutile, qui s’autodétruit, qui programme sa disparition. Il ne se rend même pas attrayant pour ceux qui viennent d’ailleurs.
La laïcité a pour vocation de contenir les revendications religieuses communautaristes qui cherchent à détourner nos institutions communes à leur avantage. Elle est essentielle. Mais elle n’a pas pour vocation de nous réinventer une identité à partir d’une page blanche.
Cet héritage catholique, on doit moins le maudire que se réconcilier avec lui.
