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Du «vrai» théâtre, merci, M. Gaquère!

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Fallait bien un Bruxellois installé au Québec depuis 28 ans pour redonner au Théâtre du Nouveau-Monde (TNM) l’esprit de ses fondateurs.

En prenant connaissance des pièces que présentera le TNM la saison prochaine, je me suis dit que Jean Gascon et mon ami Jean-Louis Roux ont dû sourire quelque part au paradis. Ces dernières années, « leur » théâtre a emprunté plusieurs chemins de traverse, délaissant beaucoup le répertoire plus classique et traditionnel dont il avait l’habitude.

Comme si le théâtre et les auteurs que m’ont fait connaître et aimer les Compagnons de Saint-Laurent du père Émile Legault au milieu du siècle dernier, puis Yvette Brind’Amour au Rideau Vert et le TNM au Gésù, n’avait plus guère d’intérêt en notre temps.

C’est vrai que le théâtre a changé. On y intègre souvent la vidéo, avec de plus en plus d’éclat, comme on l’a vu dans la pièce Que votre joie demeure, adaptée du roman de Kev Lambert. Les romans, le cinéma, la télévision et les mouvements sociaux sont l’inspiration actuelle des directeurs de théâtre. L’homosexualité, le féminisme, l’identité de genre, le racisme, la diversité et la réconciliation avec les Autochtones sont l’inspiration des auteurs.

Ce « nouveau » théâtre a relégué à l’arrière-plan celui plus formel des dernières décennies. Et même le théâtre américain. Les classiques sont même presque oblitérés, à l’exception de Shakespeare et Molière qu’on essaie trop souvent de « mettre au goût du jour ».

Une saison d’anthologie

La saison que propose Geoffrey Gaquère revient aux sources, si j’ose dire. Elle fait même machine arrière avec Je m’appelle Bashir Lazhar. Cette œuvre remarquable d’Évelyne de la Chenellière fut à l’origine une pièce de théâtre avant de devenir, sous la direction de Philippe Falardeau, le film Monsieur Lazhar, en nomination pour le meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2012.

Les parents reverront avec délectation cette pièce qui montre l’école déglinguée d’aujourd’hui et ses lourdeurs technocratiques absurdes contre lesquelles un pauvre demandeur d’asile (Mani Soleymanlou) tente de défendre ses droits.

On retrouvera aussi Agamemnon, pas dans le ring comme au Théâtre Denise Pelletier cette fois, mais dans Orestie d’Eschyle ! Sa femme Clytemnestre est toujours à ses trousses. L’audacieuse Alice Ronfard met en scène une trentaine de comédiens et trois musiciens tout droit sortis de l’Antiquité pour nous faire réfléchir sur l’état de la démocratie. Une réflexion qui tombe à point à l’ère de Donald Trump.

On retrouvera René-Richard Cyr dans les Confessions du siècle dernier du bon vieux Michel Tremblay avant de passer aux « folleries » d’Ubu d’Alfred Jarry pour amorcer le printemps 2027 avec La vie de Galilée, le mathématicien qui a bien du mal à faire avaler ses théories. Pour ce Berthold Brecht, c’est le « boss » Gaquère qui est le metteur en scène.

Un bien triste départ

C’est avec stupeur que j’ai appris la mort Louis Saia. Je le connaissais peu, mais j’avais eu beaucoup de plaisir à produire avec Francis Mankiewicz le film Une amie d’enfance, dont il avait écrit le scénario avec Louise Roy. Une comédie douce-amère de retrouvailles tournant au désastre.


© Le Journal de Montréal