On est tu vraiment rendus là?
Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui on se penche sur le débat sensible du vouvoiement à l’école.
En vigueur depuis janvier 2026, un projet de règlement portant sur le civisme déposé par l’ex-ministre de l’Éducation vise à remédier aux comportements intimidateurs des élèves envers le personnel scolaire et entre eux-mêmes grâce à l’implémentation de « règles de bases communes ». Parmi ces mesures de redressement, Bernard Drainville a cru crucial d’y ajouter l’obligation de vouvoyer le personnel.
Imposer aux élèves de vouvoyer leurs enseignants, donc de leur interdire de les tutoyer, n’engendrera pas les effets miraculeux espérés. Les répercussions de cette restriction langagière se feront ressentir sur le plan linguistique plutôt que comportemental. Ce ne sera pas seulement le vil pronom à la deuxième personne du singulier qui se trouvera dans la ligne de mire, mais aussi ses malheureux homophones. En fait, le vernaculaire français québécois comprend trois « tu » : le pronom, la particule interrogative et la particule exclamative. Cette distinction est largement incomprise et même mal aimée.
L’insertion du « tu » lors de la formulation de questions a une connotation pittoresque, presque péjorative. Ce « tu » est parfois perçu à tort comme un archaïsme, comme une relique du vieux français qui tarde à s’éteindre au Québec. Cette analyse de la particule ne fait pas long feu lorsqu’on constate l’ampleur de son utilisation parmi les locuteurs du français québécois, jeunes comme vieux.
Pour que sa circulation soit autant propagée oralement, elle ne peut pas constituer un........
