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«Homeless à Rolex», ou le prix de la dignité

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Depuis quelques semaines, les réseaux sociaux sont envahis par la deuxième saison de la websérie Homeless à Rolex, produite par Bijoux Medusa. Le concept, qui cumule plus de 200 000 visionnements sur certains épisodes, est simple : faire compétitionner des personnes en situation d’itinérance, devant la caméra, afin que l’une d’elles remporte un prix. Bien que ce projet prétende améliorer les conditions de vie des participants et qu’il bénéficie du soutien de nombreux fans, nous sommes d’avis qu’il est profondément déshumanisant, voire irresponsable, en pleine crise de l’itinérance au Québec.

Josée Boileau rapportait récemment dans La Presse que les campements de plus en plus nombreux sont souvent « vus avec méfiance ou incompréhension » par la population générale. Est-ce que l’impression répandue selon laquelle la classe politique refuserait de s’attaquer à la crise de l’itinérance expliquerait le succès d’Homeless à Rolex, des initiatives similaires qui se multiplient, et la démonstration ostentatoire de certaines actions ?

De la coercition subtile à la performance de la sobriété

D’emblée, la question du consentement libre et éclairé est incontournable. Lorsque les biens matériels ou financiers encouragent la participation, la capacité des personnes qui composent quotidiennement avec l’incertitude, l’épuisement et la rareté des ressources essentielles à donner leur consentement s’en trouve nécessairement influencée. Dans un environnement marqué par l’urgence, une main tendue peut ressembler à une échappatoire, même lorsque ses modalités sont floues, ce qui fragilise la capacité à évaluer les risques ou à poser des limites. Les gestes présentés comme bienveillants deviennent des mécanismes d’influence puissants.

La websérie montre des transgressions évidentes du consentement. Par exemple, on utilise un prétexte pour conduire un participant chez Medusa. C’est à la bijouterie qu’on lui révèle la raison de sa présence et qu’on lui remet une somme importante d’argent, alors qu’il est visiblement déstabilisé.

La manière dont l’émission aborde la dépendance s’enracine dans la même logique de contrôle. Plutôt que de contextualiser les problèmes de santé mentale, de traumatismes ou d’accès aux services, la série adopte une posture moraliste où la sobriété devient une performance. Les participants, parce qu’ils reçoivent de grandes sommes d’argent, voient leurs décisions financières scrutées et leur honnêteté régulièrement mise en doute, parfois de manière humiliante.

De plus, l’exposition aux critiques du public sur les réseaux sociaux entraîne des risques importants : le témoignage d’un participant, qui dit souffrir de cette exposition, laisse penser que ces conséquences n’avaient pas été pleinement anticipées ni expliquées. L’équipe décide alors de l’exclure, malgré le fait que son identité et son environnement de résidence soient déjà rendus publics.

Le narratif de la série s’inscrit dans un contexte où les oppressions systémiques (crise du logement, précarité, discrimination, violence institutionnelle) sont recadrées comme des choix individuels. Les participants sont considérés comme fonctionnels lorsqu’ils obtiennent un emploi ou un logement, comme si ces éléments effaçaient les obstacles structurels à la........

© Le Devoir