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Rassembler en français

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24.04.2026

Dans les débats sur l’avenir de notre langue, on oublie souvent que cette question ne se limite pas à la région métropolitaine. Les mois qui nous séparent de la prochaine élection offrent une occasion de mieux cerner ces défis. Au-delà des dimensions techniques ou juridiques, il importe d’avoir une vision claire : le français, langue officielle et commune du Québec, doit être protégé — avec fierté, assurance et conviction — par un cadre solide. Très solide. Il doit aussi être pleinement promu et valorisé.

Si la grande région de Montréal joue un rôle majeur en matière d’accueil des nouveaux arrivants et des étudiants étrangers, les régions ont un espace tout aussi important à occuper en matière de langue. Par l’entremise des entreprises et des institutions locales, elles participent à la francisation de nombreux travailleurs qualifiés. Elles sont ainsi en première ligne en matière d’accueil, d’intégration et de transmission — et doivent être soutenues à la hauteur de cette responsabilité. Et cela change tout. Car il ne suffit pas d’apprendre ou de perfectionner le français : encore faut-il s’inscrire dans la culture qui le porte.

C’est aussi à l’école que se jouent l’avenir et la vitalité de notre langue. Nos établissements ont un rôle clé auprès des nouvelles générations : transmettre le goût de la langue, mais aussi celui de bien la parler et de l’écrire. Les arts y contribuent tout autant, d’où l’importance de programmes comme La culture à l’école, heureusement reconduits dans le dernier budget.

Les médias façonnent également notre rapport à la langue. Qu’ils soient écrits, audiovisuels ou numériques, publics comme privés, ils participent à la construction identitaire et à la cohésion sociale. Dans cet esprit, en donnant à voir la réalité des régions sur les ondes nationales, Télé-Québec et Radio-Canada contribuent à faire découvrir, aux nouveaux arrivants comme aux citoyens d’ici, un Québec pluriel, vivant et profondément enraciné dans sa langue et sa culture. À l’échelle des territoires, une presse locale dynamique et diversifiée constitue également l’un des piliers essentiels de la richesse et diversité des accents et des usages de notre langue.

Un autre chantier majeur concerne la capacité des États à encadrer les grandes plateformes numériques, désormais au cœur de la circulation de l’information et des contenus culturels. Avec l’adoption en 2023 de la Loi sur les nouvelles en ligne (C-18) et de la loi C-11, qui modernise la Loi sur la radiodiffusion, le Canada a posé un geste clair : rééquilibrer le rapport de force entre les médias et des entreprises comme Meta et Google. Un choix assumé. Sur ce terrain, il ne faut céder aucun centimètre. Du côté du Québec, l’adoption en 2025 de la Loi sur la souveraineté numérique, appuyée par une stratégie récemment dévoilée, vise à renforcer le contrôle local sur les données et les infrastructures d’intelligence artificielle. Une avancée importante.

Au-delà du territoire, c’est aussi sur la scène internationale que se joue la protection des langues et des cultures nationales. Québec et Ottawa doivent maintenir le cap dans l’actualisation de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles afin de l’adapter à l’ère numérique, à l’UNESCO. Un chantier essentiel, malgré le départ des États-Unis de l’organisation.

Au fond, un constat s’impose : la question de la langue est à la fois complexe et profondément structurante. Plus que jamais, le Québec doit agir sur tout son territoire, comme à l’étranger, en misant sur ses alliances et sur les réseaux et en redonnant toute sa place à la diplomatie culturelle dans son approche des relations internationales. Mais surtout, il doit s’affirmer avec confiance. Et rassembler.

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