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Aux familles qui n’ont pas compris

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25.03.2026

Il y a quelques jours, un avion s’écrasait. Des vies brisées. Des familles dévastées. Et au moment où un p.-d.g. devait parler au nom de son entreprise — une entreprise dont le siège social est à Montréal, dont l’avion décollait de Montréal, dont l’équipage comprenait une chef de cabine québécoise —, Michael Rousseau a choisi de ne s’exprimer qu’en anglais.

« Bonjour », « merci ». Voilà tout ce que les familles francophones ont obtenu dans leur langue lors du pire moment de leur vie. Je pense à ces gens, peut-être unilingues francophones, qui regardaient cette vidéo en cherchant désespérément à comprendre ce que le p.-d.g. disait de leurs êtres chers. Des sous-titres illisibles, trop rapides, et le reste : de l’anglais. Uniquement de l’anglais.

Depuis 2021, Air Canada finance des cours de français privés et intensifs pour son p.-d.g. Deux tuteurs. Chaque matin. Des devoirs le soir. Des années d’investissement. Et pourtant, en février 2024, son propre conseil d’administration le reconnaît encore comme non francophone. En janvier 2025, Rousseau lui-même confie au Parlement : « Je continue mes cours, mais à mon âge, c’est difficile. »

À mon âge, c’est difficile. Alors […] que deux pilotes avaient perdu la vie. Que des passagers québécois étaient parmi les victimes. Que la chef de cabine était québécoise. À quel point faut-il mépriser le Québec pour ne pas trouver les mots pour dire à ces familles, dans leur langue, « nous sommes avec vous » ?

Michael Rousseau dirige une compagnie qui a l’obligation légale de servir les Canadiens dans les deux langues officielles. Ce n’est pas une option. Ce n’est pas une faveur. C’est la loi. […]

J’ai déposé une plainte formelle au Commissaire aux langues officielles. Mais une plainte ne suffit pas. Nous avons besoin que le Québec se lève collectivement et demande des comptes.


© Le Devoir