S’échouer
Savoir renoncer — et s’en remettre, surtout. Trouver le juste effacement derrière cette traction du vivant qui, parfois, impose à nos pas une direction qui n’a soudainement plus rien à voir avec celle qu’on voulait tant lui dicter.
S’échouer, en nous-mêmes ou sur la plage de nos objectifs. Admettre que nous nous sommes trompés, que nous avons mal évalué l’ampleur de la tâche ou ce qu’elle exigerait de nous ou alors que ce qui était investi de tant d’énergie a soudain l’allure d’une chose morte, que nous traînons péniblement sur nos épaules courbées.
Savoir lire sous les maux du corps qui disent quelque chose comme « ce n’est plus là que pulse la vie pour moi ».
Marquer le petit pas de côté face aux dominances culturelles qui embrassent notre société à pleine bouche, avec tant de vigueur qu’elle a à peine l’espace suffisant nécessaire pour, de temps en temps, respirer.
Accepter de faire partie des perdants, des lâcheurs, de ceux qui ne ramèneront ni médaille, ni bourse, ni fierté nationale, familiale, personnelle.
S’asseoir devant le miroir, ou la mer, si nous sommes chanceux, et laisser monter en nous les mots qui savent.
Il m’arrive souvent de penser que la psychothérapie devrait s’inspirer davantage de la mer, de ses lois. De la tempête qui renverse nos « pourtant-si-insubmersibles-embarcations », jusqu’aux magnifiques marais salants, qui laissent le temps aux choses de se différencier afin que le paludier récolte, avec toute la délicatesse du monde, la fleur de sel qui se sera constellée à la surface, il y a, il me semble, tout ce qu’il nous faut pour comprendre la vie dans le champ lexical océanique. S’il est vrai que les racistes n’ont jamais vu la mer, beaucoup de gens la regardent sans la regarder vraiment, elle qui, pourtant, nous rassoit souvent........
