Les voix humaines
C’est probablement l’âge. Ou alors l’apparition récente de ce besoin, jusque-là inconscient, qui consiste à ouvrir les poumons largement, à inspirer profondément avant d’expirer quelque chose qui viendrait du dedans, quelque chose qui réclamerait de se vivre en extériorité et qui voudrait prendre de la place, mais pas toute la place. C’est peut-être le besoin de refaire la boucle de l’inspiration et de l’expiration, sans fumer ni avoir recours à une application qui nous inciterait à le faire. C’est aussi, peut-être, un peu de ce désir de replacer des rituels qui convieraient du sacré au milieu d’horaires rythmés par des obligations, sans que j’aie à acheter quoi que ce soit ni à signer de contrats sérieux encadrés par toutes sortes de règlements.
Ou alors, c’est seulement que je me rapproche de l’âge où ma mère, elle aussi, avait commencé à s’y rendre. Je me moquais bien d’elle, à cette époque où je pensais ne jamais avoir besoin de sortir de ma maison, un mercredi soir, pour aller chercher quelque chose comme de l’oxygène, du sacré, de l’antidote à mon impuissance face à un monde qui m’écorcherait encore trop. Je me moquais bien d’elle, oui, comme toutes les filles se moquent de leur mère, jusqu’à ce qu’elles finissent par accepter qu’elles leur ressemblent tant en vieillissant.
C’est peut-être un peu de tout ça, je ne sais pas. Je ne sais pas bien dire ce qui, mercredi soir dernier, m’a fait descendre à pied la grande côte juste devant la maison qui, comme toutes les autres pentes caractéristiques de ma ville, nous raconte toujours un peu de ce qui, inévitablement, nous attend tous au bout de tout ; comme une chute, lente, douce et belle à la fois.
Je ne sais pas dire ce qui m’a poussée à marcher dans cet automne tout feu tout flamme pour rejoindre un lieu, où,........
