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Deuiller

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11.05.2026

Le mot m’avait été offert en cadeau, comme ça, gratuitement, déposé doucement au cœur d’une conversation qui n’avait pas ce but — soit celui de me sauver de quoi que ce soit — mais qui, par sa tournure, avait pris les allures du soin. Stéphane Crête avait déposé ce mot pour un public venu l’entendre lors d’un entretien que j’avais le bonheur de mener. Et, comme ça arrive souvent, alors que je pense travailler, je n’avais fait que m’enrichir de tous les sillons creusés par une autre personne que moi. Il avait déposé ce mot : « deuiller », faisant d’un verbe un mot qu’on a, d’ordinaire, l’habitude de subir, tombant plutôt sur nous comme une sentence, comme un objet lourd et dur que nous serions obligés de porter, le temps qu’on le redépose, qu’on s’en débarrasse, comme si notre rapport à cet objet précis ne nous avait pas profondément transformés.

Devenu verbe, il prenait soudain quelque chose de sa qualité active, plus en phase avec sa nature qui, on le sait, implique tout notre être, et bien plus que dans cet emploi réducteur qu’on lui accole souvent dans l’horrible expression : « faire son deuil ». Au fond, ce qu’il y a d’actif dans le deuil, ce n’est pas tant ce qu’on en fait que ce qu’on le laisse faire en nous. « Deuiller », ce serait donc tout simplement, prendre acte du fait que nous avons en nous des couches et des couches de cette douleur cumulée, qui surgit lorsque nous faisons l’expérience de la perte, de la limite, de la faillite de notre satisfaction, et qu’il faudrait bien arrêter de penser qu’il est possible de classer nos deuils comme on classerait nos papiers d’impôts.

C’était l’hiver dernier, mais c’est au début de ce mois de mai, au sortir de ma participation à un colloque intitulé « Fond d’écran », que le mot me revient. Organisé par la........

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