Changer notre regard sur la sexualité sous l’effet de substances
Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui, on mélange cannabis, alcool et sexualité.
Nous parlons plus ouvertement de sexualité, de plaisir et, dans une certaine mesure, de consommation. Pourtant, lorsqu’il est question de sexualité sous l’effet de substances, notre regard change. Pourquoi est-il encore si difficile d’en parler avec nuance ?
Les frontières du plaisir légitime
Il n’y a pas si longtemps, se procurer un jouet érotique se faisait en toute discrétion. Le plaisir sexuel demeurait difficile à aborder et l’utilisation d’un lubrifiant pouvait encore être perçue comme le signe d’une sexualité défaillante. Aujourd’hui, nous parlons plus ouvertement du plaisir et des jouets érotiques, tandis que le recours à des médicaments pour soutenir la fonction sexuelle est communément accepté. Ces sujets trouvent désormais leur place dans les échanges entre partenaires et avec des proches ainsi que dans l’éducation à la sexualité et dans les médias.
Autrement dit, nous avons progressivement légitimé différentes façons de faciliter et de transformer l’expérience sexuelle. Alors, pourquoi notre regard change-t-il autant lorsqu’une substance psychoactive entre dans l’équation ?
Malgré cette évolution, lorsqu’il est question de sexualité sous l’effet de l’alcool ou d’autres substances, le discours ambiant demeure largement dominé par les risques et les conséquences. Altération du jugement, difficultés à communiquer ses limites, transmission d’ITSS, expériences regrettées ou violences sexuelles : ces risques existent et doivent être reconnus et prévenus. Mais lorsqu’ils deviennent le seul prisme à travers lequel nous considérons ces pratiques, une partie importante de l’expérience disparaît de la conversation.
Notre malaise révèle aussi les frontières que nous traçons entre les sexualités que nous jugeons « normales » ou « saines » et celles qui s’écartent davantage de nos........
