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Des répercussions bien réelles pour l’économie canadienne avec le détroit d’Ormuz

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15.04.2026

L’annonce récente de Téhéran de mettre en place un « mécanisme permanent » de contrôle du détroit d’Ormuz marque une nouvelle phase dans les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Si cette déclaration s’inscrit dans une dynamique d’affrontement avec les États-Unis, ses implications dépassent largement le cadre régional.

Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux corridors énergétiques mondiaux. Toute perturbation de ce passage stratégique entraîne des effets immédiats sur les marchés, notamment en ce qui a trait aux prix du pétrole et à la stabilité des chaînes d’approvisionnement.

Une pression inflationniste à surveiller

Pour le Canada, les premières répercussions pourraient se manifester sur le plan inflationniste. Les économistes de RBC estiment qu’un baril de pétrole à 80 $US pourrait faire grimper l’inflation entre 2,2 % et 2,5 %. Dans un contexte déjà marqué par des pressions sur le coût de la vie, une hausse prolongée des prix de l’énergie risquerait de réduire davantage le pouvoir d’achat des ménages.

Cependant, l’impact ne se limite pas à la volatilité des prix du pétrole.

Des chaînes d’approvisionnement sous pression

Le conflit entraîne une augmentation notable des coûts d’assurance pour le transport maritime, incitant certaines compagnies à suspendre temporairement leurs activités dans la région ou à modifier leurs itinéraires. Ces changements, souvent effectués dans l’urgence, se traduisent par des délais supplémentaires et une hausse des coûts logistiques.

Les entreprises canadiennes dépendantes des importations, notamment en provenance d’Asie, pourraient être particulièrement exposées. Le transport aérien de marchandises, souvent utilisé comme solution de rechange, subit lui aussi des retards et des hausses tarifaires.

Un risque différé sur le secteur agricole

Un autre enjeu, plus discret mais stratégique, concerne l’approvisionnement en fertilisants. La région du Golfe joue un rôle clé dans le transit de ces intrants essentiels à la production agricole.

Bien que les effets ne soient pas immédiats, toute perturbation prolongée pourrait entraîner une augmentation des coûts pour les producteurs agricoles, avec des répercussions potentielles sur les prix alimentaires au Canada.

Un contexte économique déjà fragilisé

Ces développements surviennent alors que les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis connaissent déjà des tensions. Selon les données de Statistique Canada, les exportations canadiennes vers les États-Unis ont reculé de 15,7 %, tandis que les importations ont diminué de 10,8 % depuis avril 2025.

Ce contexte accentue la vulnérabilité de l’économie canadienne, qui se retrouve confrontée à un double choc : d’une part, les tensions géopolitiques affectant les marchés mondiaux et d’autre part, un ralentissement de ses échanges commerciaux.

Quelle capacité d’adaptation ?

Dans ce contexte, une question centrale se pose : dans quelle mesure les entreprises canadiennes seront-elles en mesure d’absorber la hausse des coûts et les perturbations logistiques sans en affecter leur rentabilité ?

Parallèlement, la pression sur les ménages pourrait raviver le débat sur le rôle des politiques publiques, notamment en matière de soutien au pouvoir d’achat.

Au-delà des fluctuations conjoncturelles, les tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent à quel point l’économie canadienne demeure sensible aux chocs externes et l’importance de renforcer sa résilience face à un environnement mondial de plus en plus incertain.

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