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Idées|Au-delà de la visibilité, la nécessité de la rencontre Khoa Lê

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Chaque année, à l’approche de la Fierté, Montréal se couvre de couleurs. Nos corps gagnent les rues. Nos désirs sortent de l’ombre. Nous célébrons les libertés conquises par les personnes qui nous ont précédés.

J’aime profondément ces moments. J’aime voir ma communauté LGBTQ danser, se reconnaître et prendre toute la place. Mais cette année, j’ai envie de nous poser une question moins « confortable » : lorsque la musique se tait et que les drapeaux sont rangés, sommes-nous réellement une communauté ?

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai longtemps cherché les miens. J’ai trouvé dans notre communauté la permission d’exister, de désirer autrement, de réinventer l’amour et de choisir ma famille. Mais j’y ai aussi rencontré des hiérarchies, des exclusions et une immense soif de reconnaissance.

Nous vivons dans une économie qui transforme tout en marchandise, jusqu’à notre attention. Les réseaux sociaux et les applications nous ont appris à faire défiler les visages, à comparer les corps, à évaluer les profils et à passer rapidement au prochain. Peu à peu, cette logique s’est glissée dans nos relations. Nous risquons de traiter les autres comme des possibilités à trier plutôt que comme des êtres humains à rencontrer.

Nos rapports deviennent alors parfois transactionnels. Nous nous approchons d’une personne en fonction de ce qu’elle pourrait nous apporter : du désir, de la validation, une invitation, du prestige ou l’accès à un certain cercle. Nous échangeons notre attention comme une monnaie, puis la retirons dès qu’une présence nous semble moins avantageuse.

Être visible devient plus important qu’être connu. Être désiré, plus important qu’être aimé.

Nous pouvons passer une soirée au milieu de centaines de personnes tout en cherchant, plus loin, sur nos écrans, une présence plus valorisante que celle qui se tient devant nous.

Ce paradoxe me bouleverse. Nous arrivons dans les espaces queers en quête de........

© Le Devoir